Paolo Arrivabeni, maître d'oeuvre d'un Lohengrin de haute volée à l'Opéra de Marseille

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Louis Désiré avait déjà signé une production à l’Opéra de Marseille, il s’agissait d’une Tosca, noire et menaçante. On retrouve la même atmosphère dans cette production de Lohengrin, que nous avions pu voir la saison passée à l’Opéra de Saint-Etienne, ville coproductrice du spectacle. D’une rare simplicité et beauté visuelle mêlées, comme nous l’écrivions après les représentations au Grand-Théâtre Massenet, la mise en scène emporte l’adhésion du public phocéen, comme elle avait enthousiasmé l’audience stéphanoise.

Le ténor autrichien Norbert Ernst campe un Lohengrin sur lequel on pourra désormais compter : il prête son timbre clair et chaleureux à la figure mystérieuse du Chevalier au cygne, et se joue de la tessiture inhumaine du rôle, avec une voix qui s’épanouit progressivement pour s’enrichir de couleurs superbes à l’acte III, là où maints titulaires habituels arrivent en général épuisés. Si la soprano néerlandaise Barbara Haveman habite le personnage d’Elsa de manière infiniment touchante, elle doit faire face à quelques petits problèmes d’instabilité de la ligne, en dépit d’un aigu qui, lui, s’avère de bout en bout rayonnant. L’allemande Petra Lang est une impériale Ortrud : elle possède une autorité naturelle qui subjugue (et fait pâlir l’aura d’Elsa), se montrant particulièrement dominatrice et calculatrice, et joint au tranchant de l’instrument la puissance dramatique non moins indispensable... même s’il est impossible d’ignorer les arrêtes criardes de son chant dès que la tessiture l’oblige à forcer. Annoncé souffrant, le baryton allemand Thomas Gazheli s’en sort au final très bien, livrant un Telramund à la fois sonore et tourmenté. Le coréen Samuel Youn, basse d’expéreince, est un Roi au timbre somptueux, capable de graves profonds, qui phrase avec sensibilité et générosité un rôle trop souvent sacrifié. Enfin, Adrian Erod campe un Héraut claironnant à souhait, tandis que le Chœur de l’Opéra de Marseille, très sollicité ici et superbement préparé par Emmanuel Trenque, mérite une mention spéciale.

C’est toutefois sous la baguette souveraine du chef italien Paolo Arrivabeni  - que nous avons entendu tant de fois diriger à l’Opéra Royal de Wallonie quand il en était le directeur musical – que se joue l’essentiel. Et dans la transparence du tissu orchestral qui n’est pas une fin en soi, ou même un moyen, mais un préalable, une base sur laquelle s’élève un édifice, à la charpente puissante, dont l’urgence dramatique submerge l’auditoire...

Emmanuel Andrieu

Lohengrin de Richard Wagner à l’Opéra de Marseille, jusqu’au 8 mai 2018

Crédit photographique © Christian Dresse
 

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