Otello au Festival Castell Peralada

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L’opéra et la musique vocale étaient particulièrement mis à l’honneur cette année au 29ème Festival Castell Peralada, sis dans un village catalan à mi-distance de Figueras et de Rosas - et qui, en Espagne, n’est rien moins que l’équivalent de notre Festival d’Aix-en-Provence. On y voit ainsi défiler, cet été, quelques-unes des principales stars du monde lyrique : Klaus Florian Vogt (le 31 juillet), Juan Diego Florez (le 6 août), Max Emanuel Cencic (le 10 août) ou encore Diana Damrau (le 11 août). Seule (vraie) production lyrique de cette édition 2015 – défendue par une affiche digne des plus grandes maisons internationales -, c'est l'Otello de Giuseppe Verdi qu'a retenu cette fois Oriol Aguilà, l'heureux directeur du Festival catalan, qui a déjà proposé comme titres, depuis son arrivée en 2011 : Orfeo ed Euridice (2011), Don Giovanni, (2012), Norma (2013) et Andrea Chénier (2014).

Confiée à l'homme de théâtre espagnol Paco Azorin, la proposition scénique – coproduite avec le Festival de Martina Franca en Italie - flatte positivement l'œil et l'esprit. Il fait de Iago le personnage principal de l'histoire, véritable Deus ex machina omniprésent sur scène, qui tire les ficelles et manipule tout le monde, secondé par six sbires aux mines patibulaires, également omniprésents sur scène. Quant au dispositif scénique, il est simplement constitué de grands (et très beaux) panneaux mobiles, sur lesquels sont projetées de superbes vidéos conçues par Pedro Chamizo, comme celles d'une mer tourmentée faisant écho aux ravages dans les âmes des protagonistes.

Après son Rodolfo (Luisa Miller) à Liège et son Pollione (Norma) à Venise, cette saison, le ténor américain Gregory Kunde ne cesse de nous surprendre et de nous éblouir. A 61 ans, l'ancien ténor rossinien enchaîne les nouveaux rôles et interprète ce soir avec maestria celui d'Otello (abordé il y a 3 ans), l' un des plus éprouvants du répertoire de ténor. Grâce à une voix devenue claironnante et percutante, doublée d'un métal somptueux, il passe l'orchestre avec une arrogance inouïe, comme dans l' « Esultate » initial. D'un point de vue scénique, il prête à son personnage la force de sa présence magnétique et campe un écorché vif aux abois dont il parvient – comme avec le sublime « Dio me potevi scagliar » (détaillé piano) – à exprimer sa tragique souffrance.

Avec une voix d'un format wagnérien, Eva-Maria Westbroek incarne une Desdemona passionnée. La voix est tour à tour fragile et épanouie ; la sensualité troublante de son émission moirée, bien exploitée dans son premier duo ainsi que dans une mémorable Chanson du saule, arrache le personnage à son apparente passivité. Elle récolte un triomphe égal à celui de Kunde au moment des saluts.

De son côté, le baryton andalou Carlos Alvarez campe un Iago maléfique à souhait, avec une noirceur qui sourd de chacun de ses gestes et intonations. Très homogène et surtout remarquablement puissante et mordante, sa voix impressionne de bout en bout, culminant dans un Credo qui fait froid dans le dos. Il est également capable de formidables nuances – comme dans le récit du rêve de Cassio – où sa maîtrise du mot fait merveille. Enfin, parmi les rôles secondaires, nous retiendrons le Cassio de belle prestance de Francisco Vas et la sonore Emilia de Mireia Pinto, tandis que le Lodovico de Miguel Angel Zapater paraît en revanche bien fruste.

Après une scène d'ouverture manquant d'éclat, le chef italien Riccardo Frizza dirige ensuite un Verdi sanguin, âpre, peu enclin à l'introspection : l'accompagnement met en exergue les coups de théâtre et brosse les conflits psychologiques avec une plénitude sonore qui ne couvre cependant jamais les voix. Après tant de lectures instrumentales trop analytiques, il est heureux d'entendre un orchestre – celui du Gran Teatre del Liceu de Barcelone - qui montre enfin les rapports de filiation direct qu'entretient avec la partition les œuvres « médianes » de la production verdienne. Le Cor del Gran Teatre del Liceu, admirablement préparé par Conchita Garcia – fait montre d'une virtuosité impressionnante, qui lui permet d'aborder le long finale du III sans baisse rythmique ni intonation coupable.

En guise de conclusion, signalons au lecteur que la direction du Festival nous a promis une affiche exceptionnelle pour le 30ème anniversaire de la manifestation catalane... alors Vivement !

Emmanuel Andrieu

Otello de Giuseppe Verdi au Festival Castell Peralada – Le 1er août 2015

Crédit photographique © Tito Ferrer

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