Orlando Furioso de Vivaldi ouvre le 43ème Festival de Martina Franca

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Fidèles aux choix artistiques qui font sa renommée depuis 43 années (c’est-à-dire la résurrection de partitions oubliées, à l’instar des festivals de Wexford et de Montpellier), le Festival de Martina Franca, petite ville des Pouilles située entre Bari et Taranto, a ouvert son édition 2017 avec un titre quasi tombé dans l’oubli : Orlando Furioso (1727) d’Antonio Vivaldi. L’ouvrage du prêtre roux, avec son intrigue en apparence si compliquée, est en fait une pièce très shakespearienne, traitant de la confusion des sentiments dès qu’un maléfice brouille nos pistes habituelles. Cela tient un peu du Songe d’une nuit d’été, Alcina jouant le rôle de semeur de trouble qui engendre des situations où plus personne ne s’y retrouve. Il faut donc une mise en scène forte pour rendre la richesse théâtrale de ce genre d’intrigue.

En choisissant le metteur en scène italien Fabio Ceresa, Alberto Triola (le directeur artistique de la manifestation apulienne) a eu la main heureuse car c’est tous les fastes de l’opéra baroque qui revit sous nos yeux dans l’espace restreint et sobre de la cour du Palazzo Ducale où se déroule la plupart des concerts. Cette résurgence d’une esthétique aujourd’hui délaissée, on le doit d’abord au décorateur Massimo Checchetto qui imagine une partie centrale constituée d’une conche dorée qui accueille le trône d’Alcina, et de deux éléments mobiles qui parfois se rejoignent et que les protagonistes investissent pour se défier ou s’y étreindre. De même, les costumes de Giuseppe Palella sont d’un goût parfait, dans l’esprit d’un XVIIIe siècle orientalisant et féeriques : ils en mettent plein la rétine, et on les admire avec délectation. Les magnifiques éclairages de Giuseppe Calabro participent de la magie visuelle du spectacle, et il faudra enfin saluer la direction d’acteurs de Ceresa, qui se distingue par une louable caractérisation des différents personnages, ici défendus par des chanteurs-acteurs dont il faudra louer autant l’homogénéité que les qualités individuelles.

Dans le rôle-titre, l’alto italienne Sonia Prina qui, si elle n’a pas l’ampleur vocale ni les graves profonds de Marilyn Horne (restant pour l’instant inatteignable dans cette partie…), n’en est pas moins accueillie par des ovations après son air pyrotechnique « Ah sleale, ah spergiura ! », et qui, en très bonne comédienne qu’elle est, parvient à créer un théâtre à elle seule d’un geste ou d’un regard. De son côté, sa compatriote (mezzo) Lucia Cirillo - ardente Elvira à Lausanne en juin dernier - incarne une brûlante Alcina, aussi à l’aise et convaincante dans les scènes de déploration (« Cosi potessi anch’io ») que de fureur (« Chiamero dal profondo »). Le jeune contre-ténor Luigi Schifano est un Ruggiero sensible, dont le jeu scénique est porté spontanément sur la musique. Son duo avec la flûte à la fin du premier acte est un parfait moment de bonheur musical. Michela Antenucci, voix claire, colorée, émise avec franchise, est aussi une excellente Angelica, tandis que le second contre-ténor de la distribution, l’ukrainien Konstantin Derri, confère des accents très touchants au personnage de Medoro. Avec son baryton stylé et autoritaire, Riccardo Novaro (excellent Leporello dans le Don Giovanni lausannois précité) n’a pas de mal à s’imposer en Astolfo, tandis que Loriana Castellano insuffle à Bradamante toute l’impétuosité que son personnage requiert.

Enfin, à la tête de l'excellente phalange I Borrochisti, Diego Fasolis fait montre d’un grand sens des couleurs, et insuffle tout le rythme théâtral qu'appelle une telle œuvre. Il met ainsi magnifiquement en relief les contrastes d’humeur et de climat que contient la partition, et la vie du spectacle repose donc en grande partie sur son intelligente et brillante direction.

Emmanuel Andrieu

Orlando Furioso d’Antonio Vivaldi au Festival de Martina Franca, les 14 & 31 juillet 2017

Crédit photographique © Paolo Conserva

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