Nabucco à l'Opéra National de Lorraine

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Après le succès de sa Clemenza di Tito (Mozart) in loco l'an passé, le metteur en scène anglais John Fulljames a de nouveau été sollicité par l'Opéra National de Lorraine, pour mettre en images un ouvrage de Giuseppe Verdi cette fois, en l'occurence le premier grand succès du compositeur italien : Nabucco. Loin d'une vision « péplum » de l'œuvre, comme il nous est généralement donné l'occasion de voir, Fulljames situe l'action dans une synagogue un peu délabrée mais plus vraie que nature (superbe et imposant décor signé par Dick Bird), d'autant qu'elle s'inspire directement d'une synagogue slovène, endommagée par le conflit que l'on sait. Mais il faut bien avouer que, dans ce décor unique, nous assistons - la soirée durant - plus à un oratorio en costumes qu'à une réelle représentation théâtrale : la psychologie des personnages passent ici à la trappe - de même que la dimension épique de l'ouvrage, deux composantes dont Nabucco ne peut pourtant pas faire l'économie.

Le cast – comme toujours à Nancy - offre de bien meilleures satisfactions. Giovanni Meoni offre de Nabucco un portrait tout en finesse : son chant nuancé, large et brillant quand il le faut, séduit d'abord par sa remarquable fluidité et sa capacité de projection dans les pianissimi, comme l'a notamment démontré sa prière au deuxième acte. Evitant le fortissimo outrancier, il recherche, dans la nuance et la demi-teinte, la vérité d'un personnage dont les affres paternels annoncent de grandes figures postérieures. De son côté, la soprano italienne Raffaella Angeletti - pour Elizabeth Blancke-Biggs initialement annoncée - s'avère une électrisante Abigaille, grâce notamment à sa superbe maîtrise des registres et des écarts ; elle impressionne également par sa domination aisée des choeurs, par son chant tour à tour fulgurant et morbide, et enfin par son bel aplomb scénique. D'aspect juvénile, le Zaccaria de la basse russe Alexander Vinogradov distille un chant où la noblesse du timbre et du phrasé s'épanouit avec autant de fermeté que de sérénité. Quant au ténor italien Alessandro Liberatore, il incarne un Ismaele au timbre juvénile et à l'expression variée, tandis que la Fenena de Diana Axentii nous vaut la découverte étonnante d'un timbre qui pourrait un jour se révéler précieux dans le registre des voix graves verdiennes.

L'Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy est mené avec beaucoup d'engagement et de finesse par son (nouveau) premier chef invité, l'israélien Rani Calderon. Il rend pleinement justice à l'écriture verdienne, en se montrant par ailleurs, comme à sa bonne habitude, très attentif aux chanteurs. Quant aux chœurs conjugués de l'Opéra National de Lorraine et de l'Opéra-Théâtre de Metz, ils s'avèrent superbes de cohésion et d'expressivité, délivrant, au II, un très émouvant « Va pensiero ».

Emmanuel Andrieu

Nabucco à l'Opéra National de Lorraine, le 4 décembre 2014

Crédit photographique © Opéra National de Lorraine

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