Lucia di Lammermoor à l'Opéra Royal de Wallonie

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Un mois après le succès rencontré in loco par Il Barbiere di Siviglia (déjà dans une mise en scène du maître des lieux Stefano Mazonis Di Pralafera, dont nous avons recueilli une interview pendant l'entracte du spectacle), l'Opéra Royal de Wallonie propose un autre ouvrage phare du répertoire lyrique italien, Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti, propre à drainer un large public. La fête devait s'avérer vocale, en premier lieu, par la présence- au sein des deux rôles principaux- d'Annick Massis et de Celso Albelo.

La soprano française, au fil des productions auxquelles elle a participé depuis sa prise de rôle à Rouen en 1997 (partie qu'elle a interprété ensuite plus de cent fois aux quatre coins de la planète) a assurément mûri son approche de Lucia, même s'il lui manque ce soir un je-ne-sais-quoi de spontanéité dans le jeu pour nous faire passer de l'admiration à l'enthousiasme (mais c'est une impression purement personnelle, le public lui ayant réservé une incroyable ovation aux saluts). Quant à l'aspect vocal, sans la moindre concession aux usures du temps, Annick Massis continue de dominer toutes les difficultés de son rôle avec une aisance confondante : vocalises très nettes, suraigus sûrs, magnifiques trilles, variations très originales, superbe palette de nuances et de couleurs - avec une voix qui se rattache toutefois plus à la tradition virtuose française (à la Mado Robin) qu'italienne (à la Maria Callas).

Le ténor canarien Celso Albelo – éblouissant Arnold dans Guillaume Tell en janvier dernier à l'Opéra de Monte-Carlo (déjà au coté d'Annick Massis) – incarne Edgardo avec une belle flamme intérieure. La franchise de l'émission, ferme et sonore sur toute l'étendue de la tessiture, sans aucun problème de projection ou de puissance, ainsi qu'une capacité à modeler les mots pour leur donner le maximum d'intensité - en s'appuyant sur une articulation parfaite de l'italien - forcent l'admiration.
Le baryton belge Ivan Thirion, pour sa part, incarne un Enrico alliant solidité et santé vocales, tandis que le Raimondo de la basse italienne Roberto Tagliavini, avec une voix magnifiquement timbrée, offre une prestation emplie de noblesse et de gravité, telle que la requiert son personnage. De son côté, Pietro Picone campe un Arturo un peu pâle, Alexise Yerna (Alisa) et Denzil Delaere (Normanno) n'appelant aucun reproche, entourés de Chœurs de l'Opéra Royal de Wallonie impeccablement préparés par Pierre Iodice.

La mise en scène de Stefano Mazzonis Di Prafalera joue sur un axe très traditionnel, tout en accentuant de façon quelque peu excessive certains détails du drame : Lucia qui coupe la tête de son mari après l'avoir trucidé, avant de la faire rouler parmi les convives de la fête, ou le château d'Edgar qui s'écroule sur le héros à la toute fin de l'ouvrage, en lieu et place du suicide à l'arme blanche prévu par le livret. La direction d'acteurs aurait peut-être pu aussi, cà et là, être plus serrée, mais on sent à quel point le metteur en scène, avec un immense respect de la musique et des interprètes, s'attache à ne gêner en rien les performances vocales. Enfin, comment ne pas être séduit par les décors « en situation » de Jean-Guy Lecat, les superbes costumes « d'époque » de Fernand Ruiz ou encore les lumières suggestives de Franco Marri.

Grand spécialiste de ce répertoire, le chef espagnol Jesus Lopez Coboz – qui a l'immense mérite de dialoguer constamment avec ses chanteurs, sans jamais les perdre de vue – obtient des résultats mémorables, en particulier dans la fameuse scène de la folie – accompagnée ici par un verillon (un ensemble de verres plus ou moins remplis d'eau, à distinguer du véritable harmonica de verre) – et le non moins célèbre sextuor à la fin de l'acte I.

Emmanuel Andrieu

Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti à l'Opéra Royal de Wallonie

Crédit photographique © Opera Royal de Wallonie / Lorraine Wauters

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