L'Opéra national de Lorraine reprend Le Coq d'or mis en scène par Laurent Pelly

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Pour restituer tout son relief au Coq d’or (1908), conte satirique à la fois naïf et subversif, dernier des opus lyriques de Nikolaï Rimski-Korsakov, le choix de Laurent Pelly s’est imposé très naturellement aux trois maisons coproductrices du spectacle : La Monnaie de Bruxelles (où il a été créé en décembre dernier), l’Opéra national de Lorraine où il est actuellement repris, et le Teatro Real de Madrid qui recevra la production en mai prochain. Car Laurent Pelly semble s’ingénier à aborder chaque œuvre qu’on lui confie avec la fraîcheur d’un enfant (certes très doué...). Un tel système de lecture, avec ce qu’il comporte d’imprévisible et de futile, fonctionne plus ou moins bien selon l’ouvrage abordé. Ici, en tout cas, on ne pouvait pas rêver mieux, comme notre collègue Elodie Martinez, qui a déjà chroniqué la production dans ces colonnes au lendemain de la première bruxelloise, l’avait fort bien souligné.

La distribution vocale a été entièrement revue, et s’avère aussi enthousiasmante que dans la capitale belge, hors le Tsar Dodon du baryton pétersbourgeois Vladimir Samsonov qui manque par trop d’assise dans le grave pour rendre justice à son personnage (qui appelle une basse ronflante, profonde et grasse). Révélation, en revanche, en ce qui concerne la soprano russe Svetlana Moskalenko, qui possède la beauté, la plastique et le maintien requis par la Reine de Chemakha, accompagnés d’une présence sensuelle dont elle se sert avec beaucoup de réussite. Ella a aussi la voix étendue que réclame le rôle, avec cette lumière que l’on prête généralement à cette souveraine venue d’ailleurs. Second élément le plus remarquable de la distribution, le ténor russe Yaroslav Abaimov : outre une projection efficace, il possède dans l’extrême aigu une technique de voix mixte exempte de toute faille. Les fils de Dodon sont parfaitement idiots : le premier chanté par le ténor Roman Shulakov appartient au genre gentil, tandis que le second, le baryton Jaroslaw Kitala est de l’espèce cruelle. Dédoublée sur scène par une comédienne, la biélorusse Inna Jeskova se tire avec les honneurs du rôle-titre fait de brèves interventions, même si le fait d’être reléguée en coulisse porte atteinte à l’impact de la voix. De leur côté, Mischa Schelomianski campe un Général Polkan obtus et bougon à souhait, et la mezzo Marina Pinchuk offre une luxueuse Amelfa. Enfin, remarquablement préparé par Merion Powell, le Chœur de l’Opéra national de Lorraine tient fort bien son rang.

A la tête de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, dont il est le directeur musical, le chef israélien Rani Calderon témoigne d’évidentes affinités avec l’univers de Rimski-Korsakov. Il sait admirablement mettre en valeur les couleurs fortes de l’orchestration, sans pour autant négliger l’architecture qui sous-tend l’ensemble de la partition, derrière son orientalisme de façade.

Emmanuel Andrieu

Le Coq d’or de Rimski-Korsakov à l’Opéra national de Lorraine, jusqu’au 21 mars 2017

Crédit photographique © Opéra national de Lorraine
 

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