Leo Nucci met en scène Simon Boccanegra à l'Opéra de Marseille

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Après plus de cinquante années de carrière passées à chanter sur les plus grandes scènes internationales, le baryton star Leo Nucci (que l’on retrouvera dans quinze jours dans le rôle-titre de Rigoletto au Teatro Massimo de Palerme) s’est également dernièrement essayé à la mise en scène, et c’est avec cette « casquette » que nous le retrouvons sur la scène de l’Opéra de Marseille, pour une production de Simon Boccanegra provenant du Théâtre de Piacenza où elle a été étrennée il y a tout juste un an. De cette légende du chant, qui a interprété plus de 200 fois le rôle-titre, on ne pouvait pas s’attendre à autre chose qu’un travail consensuel, respectueux du livret de Piave & Boito, comme de la musique de Giuseppe Verdi, loin de certaines relectures iconoclastes (telle celle de David Hermann imaginée pour l’Opéra de Flandre l’an passé). De fait, tout est fait ici pour séduire le public (plutôt) conservateur de la cité phocéenne, à commencer par les superbes décors de Carlo Centolavigna, qui charment l’œil par leur côté massif et dépouillé à la fois, et plus particulièrement l’image – toute strehlerienne – de la proue d’un navire qui émerge dans le jour naissant (photo). Les costumes d'Artemisio Cabassi semblent tout droit issus d’un film à grand budget consacré à la Renaissance italienne (somptueux manteau du Doge, quand bien même plus à propos sur les épaules d’un Boris Godounov que sur le premier des citoyens de Gênes…), alors que les éclairages raffinés de Claudio Schmid nous gratifient d’un ciel parcouru de nuages, marqué au sceau d’une lumière changeante, particulièrement dramatique dans la scène d’agonie de Boccanegra. Quant à la mise en scène en elle-même, c'est-à-dire la direction d'acteurs, elle se contente surtout de disposer avec élégance les personnages sur un plateau, sans aller chercher beaucoup plus loin…

Grand habitué des lieux, le chef italien Paolo Arrivabeni respire avec Verdi. A la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Marseille en grande forme, il dirige avec un enthousiasmant mélange de maîtrise et de passion, et exalte les multiples coloris de l’orchestre, tout en choisissant des tempi de bout en bout justifiés.

Après son formidable Macbeth in loco il y a deux saisons, le baryton espagnol Juan Jesus Rodriguez campe un non moins magnifique Simon Boccanegra : chaque phrase mélodique est ici modulée avec soin, comme pour en extraire la poindre parcelle de son potentiel dramatique. A ce titre, la scène finale constitue une véritable leçon, avec ses changements de teintes signalant la progression du mal, sans qu’aucun effet extérieur ne vienne défigurer une ligne de chant d’une rectitude exemplaire. Dans le rôle de Fiesco, notre basse « nationale » Nicolas Courjal, dont on reconnaît immédiatement le timbre si particulier, est à peine moins spectaculaire. L’ultime face à face de ces deux hommes, blessés par la vie, tout de retenue, fait courir le frisson dans la salle. De son côté, le ténor italien Riccardo Massi, avec une voix plus légère que de coutume dans cette partie, n'en parvient pas moins à traduire le caractère déchiré du héros pusillanime qu’est Gabriele Adorno, et il obtient une ovation méritée après son grand air. Splendide Valentine dans Les Huguenots de la Deutsche Oper Berlin il y a deux ans, la soprano russe Olesya Golovneva – passé un air d’entrée un peu monochrome – trouve ensuite de beaux accents, et compose une Amelia passionnée, dotée d’un médium charnu et de graves sonores. Comme l’on pouvait s’y attendre, Alexandre Duhamel donne un relief saisissant au personnage de Paolo, tandis que Cyril Rovery se montre irréprochable en Pietro. Enfin le Chœur de l’Opéra de Marseille, superbement préparé par Emmanuel Trenque, fait mieux que de la figuration intelligente, complétant à la perfection une distribution d’une cohérence impeccable.

Emmanuel Andrieu

Simon Boccanegra de Giuseppe Verdi à l’Opéra de Marseille, jusqu’au 9 octobre 2018

Crédit photographique © Christian Dresse
 

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