Macbeth à Marseille : une triomphale clôture de saison !

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Comme dernier titre de la saison marseillaise, le choix de Maurice Xiberras s'est porté sur Macbeth de Giuseppe Verdi. Il en a confié la proposition scénique à un habitué des lieux, le metteur en scène Frédéric Bélier-Garcia, dont on a pu applaudir ici-même Don Giovanni ou Le Comte Ory. L'homme de théâtre français transpose l'intrigue dans un décor unique représentant une vaste salle de réception, à mis chemin entre asile et maison dévastée. Sa direction d'acteurs donne à voir des personnages possédés, des corps nus ou encore des fous, et c'est dans cet univers sombre et décadent que les personnages shakespeariens évoluent. Mais sa lecture perd en lisibilité au fur et à mesure du spectacle, d'autant que ni les lumières (un brin trop sombres) ni les costumes (peu flatteurs) ne permettent de saisir véritablement l'angle de vue du metteur en scène.

Inconnu sous nos latitudes (sa carrière se concentre presque exclusivement dans son pays d'origine), le baryton espagnol Juan Jesus Rodriguez est une superbe révélation. Il s'impose d'emblée comme un interprète idéal de l'anti-héros imaginé par Shakespeare, grâce à son legato exemplaire, son incroyable sens des couleurs, sa saisissante projection vocale, et sa formidable incarnation scénique. Comment ne pas s'incliner devant une voix qui, après les plus farouches éclats, termine son parcours en délivrant un « Pietà, rispetto, amore » d'une bouleversante humanité.

Dans la redoutable partie de Lady Macbeth, la soprano hongroise Csilla Boross – déjà admirée dans le rôle de Norma au Teatro Massimo de Palerme ou celui d'Abigaille au Grand-Théâtre de Genève - fait valoir d’indéniables qualités dramatiques et un fort tempérament, tout autant qu’un profil vocal de grand relief. Le métal du timbre, d’abord, est idéal pour certains aigus à pleine voix. Le vibrato, ensuite, confère intensité et mordant à des pages telles que l’air d’entrée « Vieni, t’affretta ». L’incisivité de l’accent, également, sert admirablement les nombreux passages de récitatif. La fameuse scène du somnambulisme s’avère particulièrement poignante, mais le contre- bémol, toujours très attendu, lui échappe malheureusement : mal négocié, elle l'étouffe aussitôt.

Grand habitué de la maison, la basse polonaise Wojtek Smilek est un excellent Banco, au timbre profond, à la voix puissante, avec un grave rond et plein. De son côté, le ténor français Stanislas de Barbeyrac, que l'on n'a plus besoin de présenter, régale l'auditoire avec sa voix aussi franche que vaillante. Il livre le célèbre air célèbre de Macduff, « Ah, la paterna mano », avec beaucoup d'engagement et d'émotion, ce qui lui vaut des applaudissements nourris de la part du public. L’équipe des comprimari est bien choisie : Vanessa Le Charlès en Suivante et Jean-Marie Delpas en Médecin, mais Xin Wang est en revanche un Malcolm par trop zozotant.

En fosse, le chef israélien Pinchas Steinberg sait exalter ce qu’il y a de nouveauté, de force, et parfois d’âpreté, dans la musique de cet opéra qui semble jouer constamment sur des exigences contradictoires. La tension dramatique s’y accompagne de moments de chant à l’ornementation particulièrement délicate, ce qui requiert, à tous les niveaux de l’interprétation musicale, un discours jamais monotone. L'Orchestre de l'Opéra de Marseille se montre sous son meilleur jour, et il conviendra de saluer également le remarquable travail d'Emmanuel Trenque sur le chœur maison, constamment entraîné sur la brèche, avec une parfaite homogénéité et une riche palette de nuances.

Bref, l'Opéra de Marseille clôt sa saison de triomphale manière !

Emmanuel Andrieu

Macbeth de Giuseppe Verdi à l'Opéra de Marseille, jusqu'au 15 juin 2016

Crédit photographique © Christian Dresse

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