Le Comte Ory à l'Opéra national de Lyon

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La comédie rossinienne est chose trop sérieuse pour être confiée à des comiques troupiers. Sur une intrigue plutôt leste, semée de situations ambiguës et d'ambivalences scabreuses, Le Comte Ory de Gioacchino Rossini déroule une partition d'un rare raffinement et d'une virtuosité vocale superlative. De ce décalage naît une constante et piquante ironie, laquelle exige des interprètes et du metteur en scène beaucoup de tact et de subtilité. Avouons d'emblée que nous avons été comblé à tout point de vue ce soir, avec cette nouvelle production montée à l'Opéra national de Lyon.

Grand habitué des lieux – où il a monté nombres d'ouvrage, de La Vie parisienne au Château de Barbe-Bleue, d'Orphée aux enfers à Hansel und Gretel -, l'homme de théâtre français Laurent Pelly guide l'ouvrage de Rossini - qu'il transpose dans la salle des fêtes d'une fédération sportive -, avec une fantaisie et une intelligence redoutables. L'atmosphère est festive et légèrement ambiguë, recelant de vrais désirs charnels. Une fois le mécanisme compris, suivre ce spectacle est un exercice divertissant. Les clins d'œil ironiques, les déguisements, les bouffonneries, les faux soupirs : tout est volontairement grossi, de façon à en souligner l'aspect ludique. Si le plaisir des atermoiements constitue l'essence du Comte Ory, l'esprit de cet opéra a rarement été aussi clairement et efficacement mis à nu.

Une distribution de chanteurs-acteurs d'un excellent niveau contribue à la réussite du spectacle, à commencer par le ténor russe Dmitry Korchak, étoile montante du chant rossinien - ici grimé en quelque gourou indien -, qui surmonte tous les obstacles de son rôle avec une déconcertante facilité, se permettant le luxe de renoncer un instant à son insolent registre aigu – parfois à la limite de la rupture cependant – pour un falsetto outré lorsqu'il s'agit de simuler le « ravissement mystique » de Sœur Colette. Pareillement efficace, la Comtesse Adèle de la soprano italienne Désiré Rancatore joint à une présence scénique attrayante une voix techniquement impeccable et expressive, que ce soit dans le chant spianato ou dans les excercices de funnambule d'une coloratura agile et mordante.

Tout de fraîcheur et de conviction s'avère l’Isolier d'Antoinette Dennefeld. Déjà remarquée in loco dans L'Enfant et les sortilèges de Ravel la saison dernière, la mezzo alsacienne  nous gratifie encore ce soir de ses nombreux atouts: grande sensibilité, registre grave nourri, chaleur du timbre, justesse irréprochable et diction à l’avenant. Un pur régal ! La basse belge Patrick Bolleire, Gouverneur au beau legato et au style parfait, confirme également l’impression positive laissé en début de saison dans De la Maison des morts de Janacek, à l'Opéra national du Rhin. A bout de voix, avec une émission oscillant entre la crécelle et l'orfraie, Doris Lamprecht se rattrape fort heureusement sur ses talents de comédienne, en campant une impayable Dame Ragonde, tandis que le superbe baryton français Jean-Sébastien Bou, dans le rôle de Raimbaud, fait montre d’une grande cohésion dans tous les registres, d’une superbe musicalité et d’une ampleur vocale impressionnante. 

Enfin, bien épaulé par l'excellent Orchestre national de Lyon, précis et souple, comme à son habitude, le chef italien Stefano Montanari offre une direction détendue et pleine d'entrain, en constante harmonie avec la proposition scénique : une lecture sinon innovante, du moins extrêmement efficace. Le spectacle, longuement applaudi, est coproduit avec La Scala de Milan, rien de moins, où il sera repris en juillet prochain.

Emmanuel Andrieu

Le Comte Ory à l'Opéra national de Lyon

Crédit photographique © Stofleth

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