La Petite Messe solennelle de Rossini en clôture des Musicales du Lubéron

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Sous la présidence et la direction artistique de Patrick Canac, les Musicales du Luberon fête cette année leur trentième anniversaire, avec son incontournable festival d’été qui affichait cinq concerts étalés entre le 21 juillet et le 8 août. Comme d’habitude, ils se sont déroulés dans les lieux les plus emblématiques du Lubéron (dans une région où abondent les manifestations estivales) comme sur les Terrasses de Gordes, les Carrières du château de Lacoste, l’église de Ménerbes ou encore au charmant Théâtre des Carrières des Taillades (près de Cavaillon), où nous avons assisté au concert de clôture, qui affichait la Petite Messe solennelle de Gioacchino Rossini.

Une drôle d’œuvre – ne serait-ce que par son titre en forme d’oxymore – que cette Petite Messe solennelle d’un compositeur largement septuagénaire, qui avait renoncé à l’opéra depuis plus de trente ans ! Dans ce « dernier péché mortel de vieillesse », comme il aimait à l’appeler (aux côtés de son autre mot célèbre « Est-ce de la musique sacrée que je viens de faire, ou de la sacrée musique ? »), le Cygne de Pesaro s’est plu à montrer une plume toujours capable du contrepoint le plus sévère, des fugues les plus échevelées, comme des envolées lyriques les plus folles…

Le quatuor de solistes réuni aux Taillades affiche deux chanteuses de renom, un jeune ténor plus que prometteur et une basse à oublier derechef… Dans le Crucifixus, Karine Deshayes n’a pas de mal à faire passer la chaleur italienne toute en exubérance de ce morceau de bravoure, tandis que sa consœur Delphine Haidan apporte toute l’émotion attendue dans le bouleversant Agnus Dei. De son côté, le jeune Bastien Rimondi possède la voix de ténor (léger) qui convient pour cette partie : son joli timbre et son style déjà parfait servent avec efficacité le superbe Domine Deus, qui est une vraie aria di bravura, mais dans laquelle il parvient à garder un fond d’intériorité nécessaire... Bravo à lui ! Malheureusement, la basse française Guilhem Bernard-Chalbos a lui une fâcheuse tendance à chanter faux… ou trop bas, avec un aigu qui se détimbre et un manque criant d’assise dans le grave, transformant le sublime Quoniam en un pénible tunnel. Dommage…

En maître d’œuvre, Samuel Coquard (directeur musical et artistique de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône) régale l’auditoire avec un mélange réjouissant de rigueur et de liberté, parfaitement secondé par les excellents pianistes Mathieu Pordoy et David Zobel, ainsi que l’organiste Frédéric Isotta, à la tête du très bon Chœur de chambre Asmara (deux par tessiture, soit 12 voix, comme le voulait la partition originale qui est donnée ce soir...). Parmi les moments privilégiés, on comptera ainsi les pièces chorales a capella et les transitions où Rossini ménage avec subtilité des zones de respiration et une continuité remarquable.

Une belle soirée sous les étoiles dans ce paradis français qu’est le Lubéron !

Emmanuel Andrieu

La Petite Messe solennelle de Gioacchino Rossini aux Musicales du Lubéron, le 8 juillet 2018

Crédit photographique © Vita Canac / Les Musicales du Lubéron

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