Julia Lezhneva, le rossignol russe, enchante le Festival d'Innsbruck

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Aux côtés d’une représentation d’un opéra de Cesti au Théâtre du Land, nous avons également assisté à un récital de la soprano russe Julia Lezhneva dans le cadre prestigieux de la Hofburg, résidence impériale reconstruite par l’impératrice Marie-Thérèse au XVIIIème siècle. Las, l’enthousiasme initial d’assister à un spectacle dans la plus belle salle du château - la fameuse Riesensaal - fait rapidement place à la déception, tant l’acoustique des lieux ne rend pas hommage à la qualité de l’ensemble des interprètes réunis (l’ensemble La Voce dirigé par Dmitry Sinkovsky). La hauteur très importante du plafond explique sans aucun doute les résonnances multiples qui donnent à l’auditeur l’impression désagréable d’une bouillie sonore continue. Lors d’une prochaine venue au Festival de Musique Ancienne d’Innsbruck, nous nous sommes donc juré d’éviter à tout prix un concert à la Hofburg, d’autant que l’acoustique de la flambante neuve Haus der Musik construite l’an passé juste en face au château s’avère, elle, absolument parfaite.

Difficile, dans de telles conditions d’écoute (sans compter le mur de têtes qui nous empêchait également de voir la cantatrice), de se faire un jugement définitif, même si les qualités techniques de la soprano s’imposent à nos oreilles malgré tout. C’est un programme alternant des airs de Vivaldi, Porpora, Haendel et Graun (à qui elle a consacré un disque) que le Rossignol russe propose, entrecoupés des inévitables concerti pour permettre tant à l’artiste de faire des pauses qu’à l’ensemble orchestral de mettre en avant ses qualités instrumentales (ou pas). Le chef d’orchestre/violoniste/contre-ténor russe Dmitry Sinkovsky conduit ainsi son ensemble La Voce tout en assurant le rôle de premier violon avec une certaine virtuosité, mais ce dédoublement ambitieux se fait quelquefois au détriment de la justesse et de la précision du jeu, en particulier dans le Concerto en si bémol majeur de Telemann, qui est donné en ouverture du concert. La musique est cependant exécutée avec un sens pointu de la nuance, qui s’accorde parfaitement au chant de la cantatrice. Dmitry Sinkovsky sait aussi nous faire partager un autre de ses talents, quand sa voix de contre-ténor se fait subrepticement l’écho de la soprano dans « Zeffiretti, che sussurrate », extrait d'Ercole sul Termodonte de Vivaldi, un air que Cecilia Bartoli avait également mis à son programme deux jours plus tôt au non moins prestigieux Menuhin Festival de Gstaad.

Quant à Lezhneva, ce sont dans les arie moins rabattus de Carl Heinrich Graun qu’elle nous laissera le meilleur souvenir, dans des pages où son impressionnante agilité vocale se met entièrement au service d’une musicalité sensible, délicate et ô combien nuancée, comme avec l’air « Senza di te, mio bene » (extrait de Coroliano). Et si certaines notes du registre grave nous parviennent difficilement, nous ne pouvons pas moins goûter le miracle de son timbre, particulièrement assuré dans ses registres médium et aigu. Sa principale qualité technique reste cependant son art de la respiration, comme en témoigne la prouesse que constitue l’air « No, no, di Libia fra l’arene » (tiré de L’Orfeo). Parmi les autres airs, on retiendra le superbe et volubile « Brilla nell’alma » (extrait d’Alessandro de Haendel). Sur le plan strictement technique, Lezhneva s’y montre capable d’exécuter les ornements les plus ciselés dans les sections lentes, comme d’une agilité torrentielle dans la parties di bravura. Cette souveraine aisance dans le vocabulaire du belcanto baroque, Lezhneva la possède assurément et, toujours souriante et lumineuse, elle offre aux auditeurs des gerbes de vocalises, lance des grappes de trilles à la volée, alternant ainsi retenue et exubérance avec la même maestria.

Pas moins de cinq bis viendront porter la durée du récital à 3h15 (!), dont deux nouveaux duos avec Sinkovski, un extrait de Giulio Cesare et un autre de Tamerlano, tous deux sortis de la plume de Haendel, et c’est le tube également haendélien qui clôturera magnifiquement la soirée, le sublime « Lascia la spina » (extrait d'Il Triompho del tiempo e del disinganno), dans l’intimité cette fois d’un duo entre la voix de Lezhneva et le luth tout aussi magique de Luca Planca

Emmanuel Andrieu

Julia Lezhneva en récital au Festival de Musique Ancienne d’Innsbruck, le 25 août 2019

Crédit photographique © Felix Pirker

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