Jakub Jozef Orlinski fait un tabac à l'Opéra Confluence d'Avignon

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Plus que jamais les contre-ténors ont le vent en poupe. A 29 ans, le Polonais Jakub Jozef Orlinski a pris rang parmi ceux que le public acclame, propulsé en pleine lumière par son premier récital, Anima Sacra, que notre collègue Elodie Martinez avait chroniqué dans ces colonnes à sa sortie en octobre 2018. L’ensemble Il Pomo d’oro l’accompagnait, et c’est avec cette même formation (dirigée du clavecin par Francesco Corti) qu’il vient de se produire sur la scène de l’Opéra Confluence d’Avignon, pour interpréter les principales arie de son nouvel album Facce d’amore (également chroniqué il y a peu ici-même). En partenariat avec Musique Baroque en Avignon, l’Opéra Grand Avignon accueillait pour la première fois Jakub Jozef Orlinski, qui s’est plu à l’indiquer en arrivant sur la scène, en sautillant et avec un large sourire pour mieux manifester son plaisir de retrouver le chemin des maisons d’opéra après plus de six mois d’arrêt (nous aurions dû l’entendre dans le rôle-titre de Serse de Haendel à Rouen en avril, mais…).

La plupart des airs au programme sont à retrouver dans l’album que notre collègue a abondamment détaillé dans sa chronique, et nous ne reviendrons que sur ceux qui nous ont le plus touché ou impressionné. Incroyablement cabotin, le contre-ténor ne cesse de faire le pitre entre deux morceaux, cherchant toujours la complicité du public en faisant des grimaces ou en lançant des interjections. On sent qu’il a besoin de la scène pour s’exprimer pleinement et ne reste d’ailleurs jamais en place, même quand il délivre un air triste ou langoureux. Et ses qualités sont nombreuses, outre une présence magnétique qui instaure un contact immédiat avec le public. La voix est longue, relativement puissante, avec un timbre de toute beauté. Excellent musicien, qu’aucune difficulté ne rebute, le contre-ténor polonais n’hésite pas à se lancer dans les vocalises les plus exacerbées, comme dans l’air Odio, vendetta, amor extrait de Don Chisciotte in sierra de Francesco Bartolomeo Conti. Mais il impressionne (et émeut) plus encore quand il s’attaque à des arias plus élégiaques et expressives, où il s’agit d’approfondir un poème en en saisissant les nuances les plus subtiles pour faire naître l’émotion : c’est particulièrement le cas avec l'air Crudo amor, non hai pieta extrait du Claudio Cesare de Giovanni Antonio Borettti, pour n'en citer qu'un... Les variations et traits acrobatiques de son premier bis Agitato da fiere tempeste (extrait de Riccardo Primo de Haendel) ramène le virtuose, qui met l’audience dans sa poche en un tournemain.

Jakub Jozef Orlinski s’installe définitivement parmi les grands noms de l’art lyrique, et on se languit de retrouver le chanteur dans une production lyrique où sa présence et ses évidents talents de comédien finiraient de ravir !

Emmanuel Andrieu


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