Chronique d'album : Facce d'amore, de Jakub Józef Orliński

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Un an après la sortie de son premier disque Anima sacra qui nous avait alors conquis, le jeune contre-ténor Jakub Józef Orliński propose un second opus, Facce d’amore, qui paraîtra chez Erato ce 8 novembre. Face au succès de l’équipe formée pour son premier enregistrement, il s’entoure de la même équipe pour ce nouveau disque, articulé cette fois autour du thème, non plus du sacré, mais de l’amoureux et ses différentes facettes – ou, selon le livret et les mots du principal intéressé, « l’image musicale d’un homme épris ». L’auditeur retrouve ainsi pour son plus grand plaisir Maxim Emelyanychev à la tête de l’ensemble Il Pomo d’Oro pour ce programme imaginé avec l’aide de Yannis François.

Le titre indique derechef la multiplicité des intentions et nuances réunies sous le thème de l’amour, ou plus précisément de l’amoureux qui se présente larmoyant, double (aimant deux femmes à la fois), trahi, ou bien encore violent. Si la voix de Jakub Józef Orliński avait quelque chose d’angélique pour exprimer le sacré, ici, elle s’enflamme et devient ardente. Le timbre cristallin et percutant en fait tantôt l’amant aux multiples visages, tantôt les multiples amants bien distincts. Le livret propose d’ailleurs un bel écho à cette idée de « faces » puisqu’il est ponctué de portraits du contre-ténor exprimant divers sentiments, en plus de ses mots concernant ce projet et d’un texte de James Inverne ayant rencontré Yannis François à propos du programme.

Parmi les nombreux titres de l'album, pas moins de sept sont des premiers enregistrements mondiaux, renouvelant l’expérience du disque passé dans l’exercice de la redécouverte d’œuvres méconnues ou oubliées – le chanteur y tenait particulièrement. Ce n’est toutefois pas avec l’un de ces airs que s’ouvre le disque, mais par « Erme e solinghe cime » de La Calisto de Cavalli. L’écriture vocale en est éblouissante, et fait entrer avec douceur dans cet univers d’amour(s). Il ne faut pas attendre bien longtemps avant d’entendre l’un des enregistrements en première mondiale : « Chi scherza con Amor » d’Eliogabalo suivi par la Sinfonia - Crude Amor, non hai pieta de Claudio Cesare, deux opéras composés par Giovanni Antonio Boretti. Selon Yannis François, « les airs que nous avons choisis sont avec basse continue et pas d'une virtuosité délirante ni particulièrement novateurs » mais « ils s'inscrivent parfaitement dans l'atmosphère du disque ». Nous rajouterons que la découverte de ce sompositeur est particulièrement plaisante, et que s'il s'agit là d'extraits assez « simples » de son talent, nous espérons bien en découvrir toute l'étendue, peut-être dans un prochain disque ? La Sinfonia qui suit, extraite de La nemica d'Amore fatta amante de Giovanni Bononcini, est pour sa part un véritable « petit lait », mais pour les oreilles, servie à merveille par Il Pomo d'Oro et son chef Maxim Emelyanychev. Ils parviennent à extraire l'essence de cette musique afin de nous en transmettre toute la vie et les nuances, riches et variées. Encore une fois, ils sont un formidable appui pour Jakub Józef Orliński en accompagnant la ligne de chant et en la soutenant dans un bel équilibre qui ne cesse de virvolter telles les ailes de Cupidon. 

Autre premier enregistrement mondial : « Fra gl'assalti du Cupido », un air aussi amoureux que guerrier du Pirro e Demetrio de Scarlatti dans lequel les flèches du dieu de l'Amour se font entendre tandis que le héros laisse résonner sa détermination martiale. De même que « Che m'ami ti prega » du Nerone d'Orlandini/Mattheson. Cet air apparaît en écho à celui de l'Agrippina de Haendel, « Otton, qual portentoso fulmine ». Ainsi, le chagrin d'Otton fait face à la mégalomanie de Néron, où « sont confraontés deux aspects de l'amour et deux aspects de la même situation ». « Dovrian quest'occhi piangere » et « Finche salvo è l'amor suo" » (Scipione il giovane de Predieri) ainsi que « Sempre a si vaghi rai » de l'Orfeo Johann Adolf Hasse viennent compléter cette liste des airs graver au disque pour la première fois. Ce dernier air clôt d'ailleurs l'album dans un doux sentiment serein, après les milles tourments amoureux vécus tout au long de l'écoute. Notons par ailleurs le Ballo dei Bagatellieri de Nicola Matteis, l'un des passages instrumentaux du disque, traduit véritablement la notion de bal dans nos oreilles : il nous transporte hors du temps, à la rencontre de ces personnages que l'on se prend à imaginer virevoltant dans une salle somptueuse...

Au final, ce second disque confirme la réussite du premier et du talent de Jakub Józef Orliński. S'il conainc sur scène, le jeune contre-ténor nous emporte tout autant au disque en sachant s'entourer d'une équipe solide, dans un souci de cohérence et de redécouverte d'oeuvres, mêlant compositeurs ou airs connus à d'autres parfois injustement oubliés. L'amour et ses visages étant universels, ce disque devrait donc parler au plus grand nombre...

Elodie Martinez

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