Fortunio à l'Opéra-Théâtre de Saint-Etienne

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Après Ciboulette de Reynaldo Hahn la saison dernière, donné dans la production que Michel Fau a signé pour l'Opéra Comique, l'Opéra-Théâtre de Saint-Etienne continue de revisiter les « comédies lyriques » du début du siècle dernier. Inspiré du Chandelier de Musset (1837), le Fortunio d'André Messager date de 1907. C'est une œuvre charmante et fine qui montre les répercussions d'une histoire d'amour dans une petite société provinciale repliée sur elle-même. Le notaire Maître André est marié à la jeune et jolie Jacqueline. Qui l'emportera parmi ses soupirants, Clavaroche ou le timide clerc Fortunio ? Ecrite avec élégance, l'ouvrage de Messager récèle des airs pleins d'esprits, notamment ceux que chante Fortunio, comme « Qui j'ose aimer ». Il y a aussi des moments d'humour au détriment des provinciaux, le livret étant signé du fameux tandem Flers et Cavaillet. 

Dirigé avec tact par Laurent Touche, l'Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire met bien en valeur cette partition ensoleillée. Le trio principal se montre à la hauteur, dans des caractérisations où l'humour tient sa place. Le Fortunio du ténor canadien Antonio Figueroa, sans doute plus gauche scéniquement que ne l'exige le rôle, convainc grâce aux qualités exceptionnelles de timbre et d'articulation du chanteur, dont la projection n'est cependant toujours pas suffisante pour dépasser la masse orchestrale (fin du III). La jeune soprano française Norma Nahoun campe une délicieuse Jacqueline, toute en demi-teintes, presque trop tendre pour évoquer le cynisme de son personnage. Marc Scoffoni témoigne dans Clavaroche de l'excellente émission et de la belle rondeur de timbre qu'on a déjà pu apprécier maintes fois au Grand-Théâtre de Genève dont il est un habitué. Autour d'eux s'agite une galerie de portraits pleine d'esprit et de savoir-faire, dont nous dégagerons le Landry plein de santé de Thomas Dolié.

Dommage que mise en scène, décors et costumes manquent de raffinement. Abandonnant le XVIIIème siècle prévu par Messager pour d'improbables années cinquante, la production d'Emmanuelle Cordoliani - étrennée à Limoges la saison passée - louche dangereusement du côté du kitsch et de la « caleçonnade », qui font un peu l’effet d’autant de coups de marteau dans un magasin de porcelaine.

Emmanuel Andrieu

Fortunio de Messager à l'Opéra-Théâtre de Saint-Etienne, jusqu'au 18 novembre 2014

Crédit photographique © Charly Jurine  

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