«Feu partout, lâchez tout!» : une Vie Parisienne endiablée à l'Opéra de Marseille

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Parmi tous les ouvrages de Jacques Offenbach qui investissent nos théâtres de province pendant les Fêtes, c'est La Vie Parisienne (1866) qui a été retenu à l'Opéra de Marseille, dans une production signée par Nadine Duffaut, que nous avions pu voir il y a deux hivers à Toulon. Nous n'avons pas décelé de changement vraiment notable entre-temps, et nous renvoyons donc le lecteur vers les commentaires – plutôt positifs – que la mise en scène de Mme Duffaut avait suscitée en nous alors, si ce n'est pour relever un détail sur lequel nous ne nous étions pas appesantis dans notre recension toulonnaise : l'omniprésence d'immenses horloges à tous les actes, qui viennent sans cesse rappeler que la vie (en général... mais parisienne en particulier...) n'est qu'une course contre la montre, contre le temps qui passe inexorablement.

Maurice Xiberras - l'infatigable directeur de l'institution phocéenne – a composé fort astucieusement son plateau : des chanteurs à l'aube de leur carrière entourés d'artistes confirmés, dirigés par une grande habituée des lieux. Émerge dans l'équipée vocale, la belle mezzo montpelliéraine Marie-Ange Todorovitch qui incarne une Métella vibrante, sensuelle, à la superbe ligne vocale. De leur côté, Laurence Janot campe une Baronne de Gondremarck adorable et malicieuse, Ludivine Gombert une irrésistible fausse grande dame, et Clémence Barrabé une ravissante Gabrielle, qui délivre avec beaucoup de malice son air « des petits pieds ».

Côté messieurs, c'est le baryton argentin Armando Noguera qui se détache, grâce à son ardeur coutumière, son jeu fringant et sa voix veloutée, rehaussée de son délicieux accent latin. Il forme avec le Gardefeu de Christophe Gay – également excellent comédien-chanteur - un duo de jeunes coqs particulièrement amusant dans l'air « Repeuplons les salons du Faubourg Saint Germain ! ». Si Olivier Grand est un séduisant Baron de Gondremarck, chantant un « J'veux m'en fourrer jusque-là ! » très polisson, Bernard Imbert se fourvoie complètement dans le rôle du Brésilien, dont il n'a ni l'aura ni les notes. Jacques Lemaire est un Prosper plus parisien que nature tandis que Dominique Desmons prête sa belle voix claire à Frick. Tous les autres comprimari (Jeanne-Marie Lévy, Anne-Marguerite Werster, Sophie Oinville, Brigitte Hernandez, Laurence Stevaux, Patrick Delcour, Antoine Garcin, Bernard Maltere, Jean Goltier & Tomasz Hajock) remplissent avec tous les honneurs leurs (plus ou moins) courtes interventions. Un mot de vifs éloges, enfin, pour les danseurs de la Compagnie Julien Lestel (et notamment à l'encontre des deux sensationnels contorsionnistes que sont Adonis Kosmadakis et Erica Bailey) qui délivrent un Can-Can endiablé... repris 4 ou 5 fois à la fin du spectacle... pour le plus grand bonheur d'un public marseillais qui n'a pas boudé son plaisir en tapant à tout rompre dans ses mains !

Tous les chanteurs sont d'ailleurs si bien dans la peau de leur personnage que l'on est totalement emporté, la salle, la scène et l'orchestre se confondant presque dans une folie collective. Comment cela peut-il si bien fonctionner ? Grâce, sans doute, à une vraie connivence entre la régie et le chef d'orchestre, deux éléments trop souvent autonomes, qui, ici, ne semblent avoir fait qu'un. Dominique Trottein – défenseur aussi acharné que compétent dans ce type de répertoire - mène à un rythme d'enfer un Orchestre Philharmonique de Marseille visiblement heureux de jouer cette musique, une phalange phocéenne d'un enthousiasme et d'un dynamisme qui font plaisir à voir : voilà le secret d'une réussite !

Emmanuel Andrieu

La Vie parisienne de Jacques Offenbach à l'Opéra de Marseille, le 5 janvier 2016

Crédit photographique © Christian Dresse

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