La Vie parisienne à l'Opéra de Toulon

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Venue de l’Opéra d'Avignon - où elle a été d'abord présentée en 2005 (avant de tourner un peu partout en France, ainsi qu'à Liège et à Lausanne, pour accoster enfin à l'Opéra de Toulon) -, cette production de La Vie parisienne répond parfaitement à ce qu’on peut attendre d’un spectacle de fêtes. Car la mise en scène de Nadine Duffaut – transposée pendant La Belle Epoque en lieu et place du Second Empire - fait preuve de rythme, offre une débauche de costumes magnifiques (dessinés par Gérard Audier) et de décors stylisés (conçus par la fidèle Emmanuelle Favre), qui ont également le mérite de permettre des transitions faciles d'une scène à l'autre. Il y a aussi le plaisir de découvrir une version très complète - avec de nombreux morceaux qu'une tradition injuste avait raccourcie, voire supprimée -, grâce à la formidable édition de Jean-Christophe Keck, ici retenue, qui permet à l'ouvrage de gagner en équilibre. Et puis La Vie parisienne recèle bien évidemment tous ces airs que l’on connaît quasi par cœur, notamment la chanson du Brésilien ou le célèbre « Je vais m’en fourrer jusque là ! ». L’ambiance festive et communicative de la production n’invite certes pas à la mélancolie, et les bravos nourris des spectateurs à l’issue de la représentation (dont le final sera bien évidemment repris plusieurs fois) sont à eux seuls un spectacle !

Entièrement francophone, la distribution réunie à Toulon rend pleinement justice à la partition du « Mozart des Champs-Elysées ». Outre le fait de posséder le physique de leur rôle, tous s’avèrent aussi bons acteurs que chanteurs (à une ou deux exceptions près), à commencer par la délicieuse Gabrielle de Gabrielle Philiponet, personnage auquel elle prête son timbre lumineux et fruité, la grâce de sa silhouette et l’aisance de son jeu. On se réjouit aussi de la superbe présence scénique (et de la performance !) de Marc Larcher qui, dans le triple rôle du Brésilien, de Frick et de Prosper, fait également preuve d'une excellente diction, permettant à l'auditoire de ne rien perdre du texte. Le virevoltant Guillaume Andrieux prête son humour bon garçon à Bobinet, tandis que Virgile Frannais ne lui cède en rien en termes de verve gouailleuse (mais avec des qualités vocales moindres cependant).

Malgré son beau timbre de basse, et ses efforts louables de diction, les prestations d'Olivier Grand (Le Baron de Gondremark) sont de plus en plus handicapé par l'engorgement de la voix. De son côté, Anaïs Constans incarne une Pauline aussi gracieuse qu'aguichante. Quant à Marie-Adeline Henry, elle campe une Métella piquante, rusée, pleine d’allure, quand Ingrid Perruche (La Baronne Christine) déçoit, à cause d'un jeu trop appuyé et d'un timbre désormais bien fatigué. Tous les « petits » rôles sont méritoirement tenus, avec une mention spéciale pour Nona Javakhidze, Madame de Quimper-Karadec haute en couleur, mais plus encore pour Franck Licari, suffisamment épatant dans le double rôle d'Urbain et d'Alfred pour qu’on regrette que ses parties soient aussi succinctes. Nous noterons, pour finir, la bonne tenue - dans leurs nombreuses interventions - des chœurs maisons.

Jérôme Pillement, qui dirige ici son répertoire de prédilection (il est le directeur artistique et musical des « Folies Lyriques », festival essentiellement consacré à l'opérette chaque été à Montpellier), ne fait qu’une bouchée de la partition, et insuffle une énergie trépidante à un Orchestre de l'Opéra de Toulon en grande forme. Il réussit surtout le pari de faire ressortir les subtilités de cette composition, dont les dehors brillants ne peuvent occulter certains accents plus grinçants qui, ça et là, se font entendre dans l'ouvrage d'Offenbach.

                                            Emmanuel Andrieu

La Vie parisienne à l'Opéra de Toulon - Jusqu'au 31 décembre 2013

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