Don Pasquale au Centre Lyrique Clermont-Auvergne

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Ce ne sont pas moins de sept maisons d’opéra françaises (Avignon, Limoges, Massy, Reims, Rouen, Saint-Etienne et Vichy) et une italienne (celle de Jesi) qui se sont associées au Centre Lyrique Clermont-Auvergne pour coproduire ce Don Pasquale, l'opéra-bouffe le plus célèbre de Gaetano Donizetti (avec L'Elisir d'amore).

Confiée à Andrea Cigni, la proposition scénique est un cousu-main de grand professionnel, sans aucune faute de goût et où tout fonctionne impeccablement. L'opposition entre le vieux barbon et le couple d'amoureux qui le bernent - un des ressorts les plus utilisés du genre opéra-comique - est ici revivifiée. Don Pasquale est présenté comme un grippe-sous qui entasse ses lingots d'or dans une immense coffre-fort qui prend tout l'espace du plateau - comme la demeure du vieil avare -…avant que Norina ne le vide (des domestiques peu scrupuleux achevant le pillage) pour s'acheter des robes de chez Chanel et des sacs Vuitton ! Des nombreuses trouvailles qui émaillent ce spectacle réussi de bout en bout et sans aucun temps mort, citons également l'arrivée de Norina dans une nacelle au milieu d'un jardin fleuri, dans une ambiance fraîche et heureuse, en totale opposition à la maison-caveau, triste et sombre, de Don Pasquale.

Lauréate du dernier Concours de Chant de Clermont-Ferrand, la soprano coréenne Anna Sohn est la triomphatrice de la soirée. De fait, sa Norina a tout pour séduire, à commencer par un tempérament dramatique et un abattage qui auraient dû mettre Don Pasquale sur ses gardes quant à la prétendue naïveté de la jeune fille ! Bref, la chanteuse entraîne tout le monde dans le tourbillon de sa vitalité. Sur le plan vocal, les moyens sont incontestables, avec un aigu d'une grande facilité, soutenus par une technique impeccable. Un nom à retenir absolument !

Le jeune ténor italien Leonardo Cortellazzi met une scène pour s'échauffer, mais son Ernesto s'affirme ensuite comme l'un des meilleurs que nous ayons entendu, alliant la qualité du timbre au raffinement de la technique et au sens de la nuance, qui font merveille dans le fameux « Com'è gentil ». Son compatriote Alex Martini (également lauréat du Concours clermontois) campe un Malatesta brillant, sûr de lui, au chant particulièrement soigné ; il livre, à l'acte I, un magnifique « Bella siccome un'angelo ». Nous avouerons, en revanche, ne pas avoir été emballé par Simone Del Savio qui a du mal à se glisser dans l'habit vocal et scénique du vieux Don Pasquale. La voix est celle d'un jeune homme, claire et bien menée (bien que le chant sillabato lui échappe encore), mais l'interprète a beau se démener dans la déclamation et dans le geste, il ne parvient jamais vraiment à caractériser le vieillard « gras et décrépit » du livret - malgré l'épaisse couche de maquillage le grimant.

En fosse, le jeune chef espagnol Roberto Forès-Veses fait des miracles avec son Orchestre d'Auvergne : son accompagnement instrumental rend justice aux alanguissements de la nouvelle sensibilité romantique, dans les pages rêveuses des deuxième et troisième actes ou dans la séduisante séquence centrale du quatuor de la scène du mariage ; mais il sait aussi conférer humour, punch et tendresse charmeuse aux nombreux soli de vents et de cuivres qui émaillent la partition du Maître de Bergame. Un spectacle que nous aurons plaisir à revoir dans une des nombreuses villes qui accueillera prochainement cette formidable production. 

Emmanuel Andrieu

Don Pasquale au Centre Lyrique Clermont-Auvergne

En tournée :  Reims 9 et 11/02/14, Rouen 14, 16, 18 et 20/03/14, Limoges 6 et 8/04/14, Jesi (Italie) automne 2014, Saint-Etienne 31/12/14, 2 et 4/01/15, Avignon 25 et 27/01/15, Massy 13 et 15/02/15, Vichy 28/02/15, Piacenza (Italie) automne 2015

Photo ©  Lucas Falchero 

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