Des Pêcheurs de perles sobres et poétiques à l'Opéra de Toulon

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Nous n’avions malheureusement pas vu voir cette mise en scène des Pêcheurs de perles – signée par Bernard Pisani – à l’Opéra de Limoges, il y a deux saisons, reprise ensuite à l’Opéra de Nice, puis à celui de Reims (les trois maisons coproductrices du spectacle)… Une quatrième chance vient de nous être offerte, car Claude-Henri Bonnet a eu l’excellente idée de reprendre la production dans son théâtre toulonnais pour les fêtes. La mise en scène s’avère très symbolique, dès le lever de rideau, avec ses costumes offrant un pastel de jaune et orange, et son soleil central qui ne cherche pas la couleur locale, mais plutôt l'évocation et l'atmosphère. Leïla arrive sur une vague imitée de celle de Kanagawa, qu'on verra souvent tout au long de la représentation, en se parant de différentes couleurs selon les moments. Ainsi, dans la scène finale, elle revêt une lumière chaude qui évoque des flammes, juste avant que Zurga détourne le couperet de la tête des victimes désignées, qui fuient, le laissant palpitant dans un adieu émouvant. Le spectacle, sobre et poétique, n’appelle aucune vraie réserve, à l’exception de la présence par trop envahissante de danseurs qui se glissent de manière récurrente sur le devant de la scène, pour mimer notamment des combats à mains nues…

Le haute-contre flamand Reinoud van Mechelen, que l’on a plus l’habitude d’entendre dans la musique baroque ou la tragédie lyrique, chante très agréablement le rôle de Nadir, avec une voix plus jolie que vigoureuse cependant, surtout dans l’aigu où le timbre a tendance à s’amincir. Mais il s’affirme tout au long du spectacle avec une belle sensibilité. Aucune réserve, en revanche, sur l’éblouissante prestation d’Anaïs Constans (Leïla), et l’on succombe dès son entrée en scène à l’irrésistible mélange de sensualité dans le timbre, et de pureté instrumentale dans la conduite de la ligne, qui caractérise l’art vocal de la jeune soprano française. Aigus tenus sur le souffle, demi-teintes envoûtantes, soin apporté à la prononciation et à l’émotion, on est tout simplement conquis ! L’on ne cesse d’admirer, également, la voix du jeune baryton Jérôme Boutillier (Zurga), qui devrait bientôt prendre sa véritable place dans le chant français. Le style est noble et retenu, servi par une voix ample au timbre expressif et chaleureux. Quant à la basse d’origine camerounaise Jacques-Greg Belobo, malgré un registre grave pas toujours assez nourri, il n’en impressionne pas moins dans le rôle ambigu du Grand-Prêtre Nourrabad.

Le Chœur de l’Opéra de Toulon, honorable au demeurant, n’a cependant pas atteint le niveau qui est aujourd’hui celui d’autres chœurs « méditerranéens », comme celui de Marseille ou de Nice, mais la phalange maison a décidément une bien jolie couleur, ses cordes notamment, dirigée avec justesse et délicatesse par le chef américain Robert Tuohy.

Emmanuel Andrieu

Les Pêcheurs de perles de Georges Bizet à l’Opéra de Toulon (décembre 2019)

Crédit photographique © Frédéric Stéphan

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