Des Noces de Figaro sous le signe de la jeunesse à l'Opéra Grand Avignon

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En co-réalisation avec l’Opéra Rouen Normandie, et en collaboration avec le Festival d’Avignon, le Théâtre du Capitole de Toulouse et l’Opéra de Nice Côte d’Azur, l’Opéra Grand Avignon – décentralisé pour sa seconde année dans une structure éphémère au pied de la gare TGV – proposait, comme premier titre de sa saison, Les Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart dans une nouvelle mise en scène du franco-suisse Stephan Grögler.

A rebours d’une certaine Finta Giardinera que nous avions vu de sa main (à l’Opéra de Reims) où il avait saturé l’espace, c’est l’épure et l’économie qu’il cultive au contraire ici. Grâce aux décors minimalistes qu’il a lui-même conçus (avec le concours de Véronique Seymat pour les costumes), il oblige les spectateurs à concentrer leur regard sur les chanteurs-acteurs, obligeant ces derniers à un travail approfondi. On admire un subtil entrelacs de trajectoires individuelles toujours justifiés, et un rythme ponctué tour à tour d’alentissements et de subits élans, qui aboutit à un III où le malaise révolutionnaire aura rarement été saisi avec plus de pertinence. Par les soins de cette excellente production, Lorenzo Da Ponte surgit, toujours aussi vivant.

La distribution vocale réunie dans la Cité des Papes fait place à la jeunesse. Avec sa silhouette gracile et loin des soubrettes guidées par leur seul bon sens terrien, Norma Nahoun campe la figure d’une noble Suzanne, femme de tête et de cœur ; au diapason, son timbre clair s’accompagne d’une élégante palette de couleurs, d’articulations et d’intentions. La gravité et l’émotion dont elle revêt « Deh, vieni, non tardar », montrent avec quelle intelligence elle sait aussi mettre en valeur cette autre facette de son personnage. Dotée d’un timbre sans séduction particulière, la soprano catalane Maria Miro manque aussi de nuances : où est l’amertume de la jeune femme négligée, la sensualité qui devrait l’imprégner ? Légère déception également pour le Cherubino d’Albane Carrère à cause d’un manque de projection et d’homogénéité dans l’émission.

Aucune incertitude, en revanche, du côté du baryton espagnol David Lagares, Comte autoritaire mais jamais brutal, au chant raffiné, et aux vocalises impeccables à la fin de « Vedro, mentr’io sospiro ». De son côté, le tout jeune Yoann Dubruque offre à Figaro une voix saine et ample, doublée d’un style déjà très sûr et surtout d’un jeu d’une crédibilité totale. Eric Vignau, qui n’a rien d’un ténor comprimario, donne à Basilio un relief exceptionnel, à l’instar de Jeanne-Marie Levy, impayable Marcellina. De leur côté, Yuri Kissin s’avère aussi truculent en Bartolo qu’en Antonio, tandis que la jeune Sarah Gouzy (Barberina) fait passer le frisson attendu dans le célèbre « L’ho perduta ».

Dans la fosse, le chef espagnol Carlos Aragon assure une direction solide, mais un peu rapide pour des chanteurs parfois mis en difficulté. Joués avec une certaine solennité au pianoforte, les récitatifs renforcent l’atmosphère finalement plus sérieuse que délurée ce ces Nozze...

Emmanuel Andrieu

Les Noces de Figaro de W. A. Mozart à l’Opéra Grand Avignon, le 23 octobre 2018

Crédit photographique © Cédric Délestrade
 

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