Castor et Pollux à l'Opéra de Dijon

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Des deux versions de la tragédie lyrique en cinq actes de Rameau, l'Opéra de Dijon a choisi la seconde - celle de 1754 (voir notre dossier) -, en important une production de la Komische Oper de Berlin dont son directeur, Barrie Kosky, a lui-même signé la mise en scène. A la question de savoir si un ouvrage de ce type est réalisable sans les fastes visuels indissociables de l'esthétique baroque, l'homme de théâtre australien répond par l'affirmative, en proposant une régie minimaliste : une grande boîte en bois clair – auquel est parfois adjoint un tumulus de terre - servira d'unique décor. Dans ce huis-clos, les personnages n'auront de cesse de s'entrechoquer et de se fracasser contre les parois du dispositif scénique, dans une recherche de la violence – souvent gratuite - qui va grandissante au cours du spectacle. Son corollaire, dans le regietheater allemand - à savoir le sexe -, n'est pas oublié, et Phébé se fait ainsi masturber pendant son air « Pénétrez ce séjour impénétrable au jour » : c'est dans le texte on vous dit... On devra aussi déplorer de nombreuses coupures, ainsi que l'absence de toutes chorégraphies dignes de ce nom, pourtant consubstantielles au genre. Bref, Rameau méritait mieux...

Par bonheur, le plateau vocal réuni à Dijon rachète en grande partie les errements de la proposition scénique. En Castor, l'Avenant Pascal Charbonneau se montre plus à l'aise dans l'élégiaque – magnifique « Séjour de l'éternelle paix » -, que dans le virtuose, où la voix du ténor canadien accuse de manifestes limites dans l'aigu. Le baryton néerlandais Hank Neven campe un Pollux de belle prestance, avec une voix plus assurée que son collègue, un phrasé moelleux et une diction parfaite. Emmanuelle de Negri, dans le rôle de Télaïre, impressionne par la finesse d'un timbre qui conserve son éclat et sa précision dans les pianissimi les plus impalpables, par opposition avec la voix plus sombre et large de la si belle Gaëlle Arquez (Phébé). Enfin, Frédéric Caton s'avère un solide Jupiter et Geoffroy Buffière un Grand Prêtre au ton idéalement cassant.

Emmanuelle Haïm et son Concert d'Astrée offrent une lecture vive de la partition de Rameau. Flûtes et bassons – voire la trompette dans l'air du ténor – offrent avec netteté les contours capricieux de l'écriture ramiste ; les cordes, au chant neveux, différencient quant à elles les climats affectifs avec acuité. Et grâce à la formidable précision d'intonation du Chœur d'Astrée, ce dernier s'écoute comme les commentaires passionnées de coryphées omniscients.

Autant dire que Dijon fête là dignement - en dépit de la mise en scène - son enfant le plus célèbre !

Emmanuel Andrieu

Castor et Pollux à l'Opéra de Dijon, jusqu'au 4 octobre 2014

Crédit photographique © Gilles Abegg

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