Carmen à l'Opéra-Théâtre de Limoges

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Etrénnée à Rouen la saison passée, cette production de Carmen - signée par Frédéric Roels, patron de l'institution normande -, vient remplacer, à l'Opéra-Théâtre de Limoges, l'habituelle opérette des fêtes de fin d'année. Loin de la Séville folklorique de tradition, Roels transpose l'action du chef d'œuvre de Georges Bizet dans l'Espagne franquiste des années soixante : le réalisme cru de la production s'allie ici à une étonnante économie de moyens, et on ne compte guère, comme élément de décor, qu'un poteau électrique, au pied duquel s'étend une grande flaque d'eau. C'est dans cette même marre que Micaëla manquer de se faire violer, au I, tandis qu'elle se colore du sang de Carmen, qui s'y fait poignarder par Don José, au IV.

Sur le plan vocal, cette Carmen a apporté une authentique révélation, la mezzo italienne Annalisa Stroppa, qui, dans le rôle de la bohémienne, s'est avérée d'une beauté vocale surprenante, avec par ailleurs une très bonne diction française (pour les parties chantées). Dotée d'un physique avantageux, Stroppa fait valoir une magnifique égalité de timbre sur toute l'étendue de la tessiture – les graves sont sonores et l'aigu fulgurant -, son aisance scénique et sa réflexion approfondie du personnage complétant un portrait de Carmen parmi les plus abouties qu'il nous ait été donné de voir.

Le Don José de Brian Jagde, ténor américain puissant et égal, séduit par sa ligne vocale et ses phrasés soignés, qui lui permettent de faire passer une émotion véritable dans ses déchirements, comme dans le célèbre air « La fleur que tu m'avais jeté » (qu'il conclut diminuendo, en voix de tête), ou encore la dernière scène, un modèle d'intensité dramatique. Annoncée souffrante à la Première, la soprano Karen Vourc'h n'a pas fait faire d'annonce pour cette seconde, lors même qu'elle ne s'était visiblement pas remise. Mal lui en pris car sa prestation s'est avérée assez catastrophique, il faut bien l'avouer, et une partie du public (malheureusement non averti) l'a sévèrement sanctionné au moment des saluts. Au delà de sa méforme, on peut néanmoins s'interroger sur l'adéquation des moyens actuels de la chanteuse avec un rôle aussi « lourd » que celui de Micaëla, - qui en exige de tout autres. Dans celui du Torero Escamillo, la jeune basse Thomas Dear possède, à notre goût, une voix trop grave et sombre pour le rôle, avec des aigus qui ont naturellement tendance à « plafonner ». L'acteur convainc lui de bout en bout, avec une prestance physique et un aplomb scénique qui font mouche pour ce personnage.

Les Comprimarii convainquent également : Renaud Delaigue, en Zuniga, a le verbe haut et un mordant vocal idoine, Bardassar Ohanian et Julien Dran forment un impeccable duo vocal en Dancaïre et Remendado, alors qu'Eduarda Melo et Magali Paliès - respectivement Frasquita et Mercédès - parviennent à créer, avec des moyens purement musicaux, des personnages contrastés et parfaitement cohérents, aussi bien dans le quintette que dans l'air des cartes.

La direction de Robert Tuohy - nouveau directeur musical de l'Orchestre de Limoge et du Limousin, particulièrement bien sonnant ce soir – contribue, elle aussi, à la réussite de la soirée. Le chef américain impose une progression dramatique rigoureuse, qui sait préserver à chaque acte sa tonalité propre, et prend visiblement plaisir à détailler les merveilles d'une orchestration dont on ne dira jamais assez la subtilité.

Emmanuel Andrieu

Carmen à l'Opéra-Théâtre de Limoges

Jusqu'au 7 janvier 2014

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