Ariadne auf Naxos à Anvers : l'Opéra Ballet de Flandre rouvre !

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Après s’être tu pendant plus de dix longs mois, au point d’être la seule maison lyrique européenne à n’avoir jamais dévoilé sa saison 20/21, l’Opéra Ballet de Flandre (Opera Ballett Vlaanderen) vient de reprendre vie grâce à l’exécution en version de concert d’une Ariane à Naxos de Richard Strauss, diffusée en livestream le dimanche 14 février en soirée, depuis l’Opéra d’Anvers. Cette « réouverture » devrait être suivie à la fin du mois par La Chute de la maison Usher de Debussy, cette fois sous un format scénique mais toujours en streaming, en attendant l'ouverture « physique » de la maison flamande à la mi-avril (si tout va bien d’ici là) pour une série de Werther en version de concert avec le ténor sicilien Enea Scala dans le rôle-titre. 

Le spectacle vaut avant toute chose pour l’absolue découverte que constitue le rôle-titre, une soprano argentine (d’origine slavo-nordique) du nom de Carla Filipcic Holm… dont on n’a pas fini d’entendre parler ! De fait, malgré tout le talent de ses collègues, cette admirable chanteuse, à la présence magnétique, se détache de manière irrésistible, et nous offre l’une des leçons de chant les plus accomplies entendues depuis longtemps, au point de rager de vivre ce choc émotionnel derrière notre écran plutôt qu’en salle. Son Ariane est éminemment lyrique, dans la lignée d’une Elisabeth Schwarzkopf ou de Gundula Janowitz, et dépourvue de toute affectation. Avec son timbre riche, son émission généreuse et son style impeccable, elle trouve dans les longues phrases straussiennes suspendues dans l’aigu le meilleur épanouissement de son incroyable talent. De son côté, à une anicroche près en tout début de parcours, le heldentenor suédois Michael Weinius soutient sans faiblir l’effarante tessiture de Bacchus, et chante superbement son duo avec Ariane, avec une couleur de voix séduisante et une longueur de souffle impressionnante.

La soprano belge Lisa Mostin, superbe Zerbinette, brille aussi bien dans la musique lyrique du Prologue que dans son air « Grossmächtige Prinzessin », utilisant les coloratures de façon expressive, avec chaque note et chaque syllabe parfaitement à leur place. Pilier de la maison flamande où nous l’y avons entendue déjà tant de fois, la mezzo américaine Raehann Bryce-Davis est un Compositeur au timbre opulent et doré sur toute l’étendue du registre, aussi à l’aise dans les interjections proches du langage parlé que dans les élans lyriques. Dans les rôles secondaires, une mention d’abord pour le baryton croate Leon Kosavic, qui s’avère non seulement remarquable dans le Lied d’Arlequin, mais a dû également remplacer au pied levé son collègue Werner van Mechelen dans le rôle du Maître de musique. Mais on ne taira pas pour autant le Brighella de Denzil Delaere qui assure également – et brillamment – la tirade du Maître à danser. Stephan Adriaens (Scaramouche) et Goran Juric (Truffaldino) complètent avec métier le quatuor de comédiens italiens, tandis que Freek de Craeker s’impose avec beaucoup de présence et d’éclat dans le rôle du Majordome, qu’il déclame ici en langue vernaculaire, non pas en allemand. Enfin, rien à redire non plus sur le très beau trio de Nymphes formé par Elisa Soster (Naïade), Raphaële Green (Dryade) et Chia-Fen Wu (Echo).

Derniers artisans de la formidable réussite que constitue le concert, l’excellent chef argentin Alejo Perez et son magnifique Orchestre de l’Opéra Ballet de Flandre. Vrai festival de lumière, de couleurs, d’ombres aussi, ce travail orchestral a pour premier mérite de se situer au cœur même du chef d’œuvre de Strauss. Alejo Perez contrôle admirablement ses pupitres, placés ici sur toute la largeur de scène de la salle anversoise, leur insufflant une priorité absolue et les faisant respirer à l’unisson.

Bref, nous avons nagé en pleine euphorie deux heures durant !

Emmanuel Andrieu

Ariane à Naxos de Richard Strauss à l’Opéra Ballet de Flandre, le 14 février 2021 – et en replay (pour 10 €) sur la chaîne Youtube de l'Opera Ballett Vlaanderen (jusqu'au 28 février).

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