À Toulouse, une Carmen sans Marie-Nicole

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On doit l’avouer, on venait à Toulouse pour entendre Marie-Nicole Lemieux. La mezzo québécoise présentait en effet au Théâtre du Capitole sa première Carmen scénique, après l’avoir interprétée en version de concert. Les échos de la toute première représentation toulousaine étaient flatteurs, mais l’attente de tests PCR définitifs en aura décidé autrement* : Marie-Nicole Lemieux est remplacée ce soir par la jeune mezzo Eva Zaïcik.

Créée en 2020 à l’Opéra de Monte-Carlo, la mise en scène de Jean-Louis Grinda opère un travail soigné. La reprise au Capitole est honorable : le chœur (préparé par Patrick Marie Aubert) est bien-sonnant, engagé malgré l’emploi de masques surprenants visuellement. Construit comme un flashback, le spectacle s’écoute comme on lit un roman. Les scènes s’enchaînent avec fluidité et l’ajout d’éléments chorégraphiques et vidéo est réalisé avec soin. Pourtant, une certaine tiédeur parcourt l’ensemble de la représentation. Les décors de Rudy Sabounghi réveillent de timides touches de modernisme (l’installation mobile sur scène rappelant les sculptures d’Anish Kapoor) et de grandes mises en scène du passé (le mur de briques rappelant l’arrière-scène du Cosi de Chéreau). De même, le spectacle hésite entre couleur locale et abstraction, sans qu’un réel point de vue emporte les actions des personnages.

Seule une équipe vocale d’exception peut réveiller cet entre-deux oscillant. Ce n’est hélas pas tout à fait le cas ce soir. Parmi les seconds rôles, le Zuniga de Jean-Vincent Blot et surtout le Morales de Victor Sicard se distinguent. Déjà appréciée dans Les Eclairs de Hersant, la Micaëla d’Elsa Benoit impressionne par sa puissance contenue. En Escamillo, Alexandre Duhamel peine à animer ce personnage difficile à chanter. Le Don José de Jean-François Borras trace une trajectoire émouvante : emprunté à ses débuts, le ténor français gagne en force au fur et à mesure de la représentation, tout en gardant une étonnante douceur. Dans le rôle-titre, Eva Zaïcik déploie un beau chant appliqué mais ne parvient pas à embraser la scène. La scène finale est à cet égard une déception, et l’avantage vocal de Don José révèle a posteriori l’absence de point de vue du metteur en scène sur la violence masculine inhérente au livret. Dans la fosse, la baguette très professionnelle de Giuliano Carella dirige un bon Orchestre National du Capitole.

C’est ici que revient l’absence de Marie-Nicole Lemieux. Avec sa voix chaude et son tempérament incandescent, la chanteuse canadienne aurait certainement apporté la folie et le déséquilibre qui font le sel des grandes soirées d’opéra. On imagine l’écrin que la mise en scène aurait créé autour d’elle, et seulement autour d’elle (cette soirée toulousaine est en cela très traditionnelle). Sans Lemieux, cette Carmen s’écoute et se regarde agréablement mais sans passion.

Laurent Vilarem
Théâtre du Capitole de Toulouse, 25 janvier 2022

* Du fait des mesures sanitaires ou de cas de covid parmi les solistes et musiciens du Théâtre du Capitole, les distributions initiales de plusieurs des représentations de cette production de Carmen ont dû faire l’objet d’ajustements de dernière minute. Pour maintenir ces représentations contre vents et marées, plusieurs artistes (parmi lesquels Anaïs Constans, Michaël Fabiano, Pierre-Yves Pruvot, Kamil Ben Hsaïn Lachiri ou encore Marion Lebègue) ont répondu à l’appel du directeur Christophe Ghristi pour assurer des remplacements, parfois au pied levé. Toutes les représentations devraient néanmoins être assurées et selon le Théâtre, les artistes qui ont dû renoncer à se produire seront dédommagés. 

Carmen au Théâtre du Capitole de Toulouse, jusqu'au 30 janvier 2022

Crédit photo : © Mirco Magliocca

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