Arabella au Festival d'été de Munich

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L'image dominante de cette mise en scène d'Arabella à la Bayerische Staatsoper, signée Andreas Dresen, s’appuie à l’évidence sur l’escalier qui barre la scène. De gigantesques escaliers qui rythment chacun des trois actes de l'opéra, et ses principaux rebondissements dramaturgiques, comme autant d’ascenseurs émotionnels. Ils sont à l'image de l'intrigue faite de relations et de destins croisés, ponctués de hauts et de bas.
La famille Waldner entend remplir ses coffres vides en cherchant un riche parti à marier à leur magnifique fille Arabella. Elle ne manque pas de prétendants, mais elle considère cependant qu'aucun ne lui correspond vraiment, jusqu'à ce que le rustique Mandryka fasse son apparition. Le couple semble parfait, mais la soeur d'Arabella, Zdenka (qui vit déguisée en garçon), est amoureuse de l'un de ses prétendants, Matteo. Zdenka organise un rendez-vous, supposément pour Arabella, dont Mandryka entend parler. Les malentendus abondent mais tout fini par se résoudre avec les aveux de Zdenka.

La production d'Andreas Dresen plante son décor non pas dans les années 1860 comme le livret, mais au début du XXeme siècle de Richard Strauss. Le décor en noir et blanc (potentiellement problématique techniquement) dote ainsi la production d’une touche moderne, quand bien même les robes de la scène de bal évoquent les années 30. La haute société de ce monde y apparaît étrangement décadente, Milli porte par exemple un costume de dominatrice en cuir, et des couples s’enlacent langoureusement sur les escaliers de la salle de bal. Mais en dépit de ces quelques éléments, le décor épuré sert surtout de toile de fond blanche pour explorer la dramaturgie des personnages.

La distribution est à la hauteur du challenge. Anja Harteros offre un portrait nuancé d'Arabella, dont la complexité de la personnalité est égale à l'incroyable variété de textures vocales dont elle est pourvue. Sa voix riche se dévoile dans les notes hautes et conserve toute sa puissance et sa couleur. Lors de la représentation du samedi, le public a même lancé des fleurs à ses pieds – un bel hommage. En tant que Zdenka, Hanna-Elisabeth Müller possède moins de chaleur lyrique, mais laisse entendre et voir des sons tintinnabulants clairs et jeu mélodramatique tout à fait à propos. Les voix des deux sœurs s’harmonisent à merveille dans leur duo du premier acte.

Les prétendants sont plus hétéroclites. Le Matteo à l'allure de petit chiot de Joseph Kaiser projette une voix puissante tout du long, mais le Comte Elmer de Dean Power, bien que suave et parfaitement dans le ton du rôle, semble vocalement dépourvu de puissance. Thomas Mayer plante une figure imposante en Mandryka, très différent des prétendants viennois, très propres sur eux. S'il est parfois inaudible au début, il s'améliore au fur et à mesure que l'opéra avance, et montre parfois une voix qui résonne, à l'expression sévère. Et sa progression dramatique, affichant tantôt de la rage, de la générosité, du désespoir ou la joie au dernier acte, est touchante et parfaitement exécutée.

Arabella abonde de plus petits rôles, dont la distribution est savamment sélectionnée. Heike Grötzinger est dotée d'une voix puissante et riche dans le rôle de la diseuse de bonne aventure de la première scène. Eir Inderhaug impressionne en Milli avec son yodel stratosphérique. Les deux parents Waldner (Doris Soffel et Kurt Rydl) sont pleins de caractère, tant n termes de chant que de jeu scénique. La répétition à demi folle de « Teschek, bedien dich ! » du Comte Waldner, abasourdi, est particulièrement amusante.

Dirigé par Philippe Jordan, le Staatsorchester navigue dans la musique de Strauss avec aise, et délivre des sons fournis à la portée très dynamique. La voix des chanteurs est parfois surpassée par le pur volume et la variété des sons émanant de l'orchestre. Le tempo est parfois un peu lent, mais assez de coupes sont faites dans l'opéra pour que l'ensemble ne donne pas le sentiment de trop s’étirer.

Au final, Arabella n'est ni une douce paysanne, ni une enfant obéissante. Dans son pardon à Mandryka, elle lui offre de l'eau de source fraîche, une tradition rustique qu’il évoque plus tôt dans l’opéra. Mais alors qu'il s'apprête à accepter le verre de ses mains, elle lui envoie l'eau à la figure. Il répond par une démonstration de force : il écrase le verre dans sa propre main. Ils semblent faits l'un pour l'autre, destinés à un mariage tumultueux mais heureux.

Ilana Walder

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