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Ce vendredi 5 juin, l’Opéra Orchestre National de Montpellier offrait un très beau rendez-vous où le chœur était mis en avant grâce au Requiem allemand (Ein deutsches Requiem opus 45) de Brahms. Néanmoins, entre Esther Tonea et Stéphane Degout, les solistes avaient eux aussi de quoi attirer l’attention pour cette superbe soirée.
Achevée en 1868, l’œuvre rappelle certains autres compositeurs (comme Haendel) au fil des sept mouvements qui la composent. Un chiffre loin d’être anodin par son symbole puissant, notamment dans la Bible (les sept jours de la Création, les trompettes de l’Apocalypse, etc.) ou la spiritualité de manière générale. En se basant sur des textes de l’Écriture sainte (sélectionnés par le compositeur lui-même), ce Requiem ne suit pas la liturgie latine traditionnelle et offre « une dimension profondément humaniste » dans le but d’apaiser les vivants et non de se tourner vers la mort, loin du Dies irae. Le résultat est d’une absolue beauté, d’une profondeur universelle et d’une puissance impressionnante.

Un Requiem allemand, Opéra national Montpellier Occitanie (2026)
À la tête de l’Orchestre de la maison – dont il est le directeur musical – Roderick Cox rend hommage à toute la magie de cette partition. Un calme absolu, doux, règne durant ces prémices que l’on savoure, avant de les colorer d’intentions plus solennelles, de tensions dramatiques, d’explosions d’espoir, d’humanité solaire ou encore de divinité céleste. Les tempi s’adaptent tant à la solennité qu’aux élans plus fougueux d’espoir sans jamais offrir de lourdeur ni de course effrénée. Dans le deuxième mouvement, la musique trouve un « roulement » tel celui des vagues vers le récifs, qui s’approchent et se retirent, emportant un peu du monde foulé au passage. On notera par ailleurs l’expressivité corporelle du premier violon (supersoliste) Dorota Anderszewska qui, loin de demeurer statique, exprime les notes par l’entièreté de son corps sans jamais voler la vedette à la musique ou aux voix. Un vrai plaisir à observer !

Esther Tonea, Un Requiem allemand, Opéra national Montpellier Occitanie (2026)
Côté soliste, l’opéra n’a pas fait les choses à moitié en invitant Esther Tonea et Stéphane Degout. Nous avons donc le plaisir de réentendre la première une dizaine de jours après l’avoir vue en admirable Donna Anna dans Don Giovanni, ici-même. Bien que sa voix ne résonne qu’au cinquième mouvement, « Ihr habt nun Traurigkeit », on note non seulement le beau vibrato maîtrisé, juste, donnant du relief à l’ensemble, mais aussi l’aspect vivant du chant, comme si la voix se mouvait dans l’espace, bougeait, possédait une existence spatiale.
Quant au baryton, est-il encore besoin de souligner avec quel art il s’imprègne d’une partition, notamment lorsqu’elle touche au spirituel ? Loin d’une démonstration de talent, Stéphane Degout se pare d’une humilité profonde au service de l’œuvre. Il exprime de tout son être, sans besoin du moindre mouvement, la moindre couleur, le clair-obscur, le dit et le non-dit de l’œuvre. La projection atteint un niveau de justesse, sans excès mais avec une force abyssale qui s’élève. Dans le sixième mouvement plus particulièrement (« Denn wir haben hie bleibende Statt »), les aigues sont ambrés tandis que les graves ont un quelque chose de poudreux et de soyeux.

Stéphane Degout, Un Requiem allemand, Opéra national Montpellier Occitanie (2026)
Naturellement, la première force vocale de la soirée demeure le chœur, des chœurs de l’Opéra national Montpellier Occitanie mais aussi de celui de l’Opéra national du Capitole de Toulouse. Si dans un premier temps, on s’interroge sur un possible manque d’homogénéité dans la diction, on oublie bien vite ces doutes, balayés par une sublime montée en intensité dans « Denn alles Fleisch es ist wie Gras ». L’ensemble atteint une puissance sourde, tel un grondement de tonnerre qui n’a pas besoin d’être tonitruant pour écraser tous les sons alentours. Finalement, nous sommes collé à notre fauteuil par l’ensemble vocal qui se déploie et décline la puissance de bien des manières, jusqu’à aboutir, au sixième mouvement, à un déferlement de force verticale, comme un décollage de fusée. Enfin, « Selig sind die Toten » nous appelle à un retour à l’apaisement et à un recueillement conjoint, entre scène et salle, artistes et public.
Elvira Montez
(Montpellier, le 5 juin 2026)
Un Requiem allemand, à l'Opéra Orchestre national de Montpellier le 5 juin 2026
09 juin 2026 | Imprimer
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