Un Don Pasquale fidèle et modernisé à l'Opéra de Nice

Xl_dsc08327 © Nathan Cassar

Après avoir été créé à l’Opéra National de Lorraine en décembre 2023, le Don Pasquale signé par Tim Sheader pose ses bagages à l’Opéra de Nice pour une soirée fort plaisante, malgré une seconde partie moins entraînante.

Ce qui frappe en premier lieu, c’est cet immense cube formé des lettres de Don Pasquale pour créer un « building que l’on devine être l’empire que (le personnage) a construit en son nom ». Là, nous verrons s’affairer les employés sur leurs ordinateurs, mais aussi, lors de l’ouverture, le personnel d’entretien. Parmi ces techniciens de surface, Norina se démarque par sa nonchalance. Les notes de l’Ouverture se déploient tandis que Malatesta l’aborde pour lui expliquer rapidement son plan. Nous entrons ainsi dans le vif du sujet, donnant une impression plus naturelle à l’intrigue.


Mikhail Timoshenko (Docteur Malatesta), Don Pasquale, Opéra Nice Côte d'Azur (2026) © Nathan Cassar

L’impressionnant décor – conçu par Leslie Travers – pivote afin de révéler le bureau / appartement de Don Pasquale, à l’esthétique tape à l’œil, où des reliques sont exposées sous verres laissent entendre qu’il en est de même avec le protagoniste, vieillard devant laisser place à la jeunesse. Les passages d’un lieu à l’autre sont fluides grâces aux ouvertures présentes, tandis que l’escalier permet aux personnages de disparaître à un étage supérieur suggéré. En pivotant, le bloc révèle sur l’un de ses côtés une « cache » pour le « petit personnel » où Malatesta et Norina laisseront libre cours à leurs ébats. Un point amené par le metteur en scène, qui se garde malheureusement de l’approfondir davantage. Certainement n’est-ce alors qu’une manière d’ajouter de l’ambiguïté à cette héroïne dont les motivations sont douteuses : agit-elle par amour pour Ernesto, ou seulement par opportunisme afin d’obtenir fortune et statut social ? Dans cette vision de Tim Sheader, difficile de trouver un personnage digne d’empathie, même si la chute et la manipulation de Don Pasquale provoque une certaine pitié lors de la scène de la gifle.

La première partie offre ainsi une lecture très intéressante, sans temps mort. On ne rit pas à gorge déployée mais on s’amuse indéniablement. Il n’en est malheureusement pas de même avec la seconde partie qui semble « posée là » pour obéir à une thématique de Fêtes de fin d’année certainement bienvenue en décembre 2023, mais plutôt anachronique en ce mois de mars 2026 : rien dans l’histoire ne nous place à Noël, et si l’on s’amuse à l’ouverture de rideau de la découverte de cet immense sapin, de ce train rempli de cadeaux ou encore du chœur métamorphosé en lutins dans une ambiance de bonbonnière, on ne saurait s’en contenter durant tout un acte. Il manque ici une véritable direction, une intention dans la vision du metteur en scène. Les personnages semblent quelque peu abandonnés à eux-mêmes et l’on perd malheureusement l’attrait et l’énergie générale malgré celle des artistes, sans défaillance.


Don Pasquale, Opéra Nice Côte d'Azur (2026) © Nathan Cassar

Parmi eux, citons d’abord le Maltesta de Mikhail Timoshenko, premier personnage à fouler le plateau avec charisme et assurance, comme s’il était le réel chef de l’entreprise. Une fois encore, le baryton-basse russe convainc pleinement, offrant une voix ronde, pleine, aux mille reflets, dans une ligne de chant précise et ciselée. La connivence avec le public est entière, le personnage totalement investi.

Face à lui, Mariam Battistelli incarne Norina avec une ambiguïté bienvenue ainsi qu’une malice savoureuse dans un jeu rarement exagéré s’inscrivant dans le comique de l’œuvre. Nonchalante à souhait, se délectant du pouvoir ou de son autorité, pleinement consciente de son physique et de ce qu’elle peut en tirer de la gente masculine, elle interroge sur le véritable marionnettiste ici : le docteur, ou bien la femme de ménage ? Vocalement, le chant nous a paru très technique, avec de beaux élans, mais encore perfectible pour se détacher de la partition et laisser couler le naturel. Le résultat demeure quoi qu’il en soit fort apprécié par le public, totalement conquis.

Ernesto est de son côté servi par Paolo Nevi en éternel adolescent, vivant de guitare, de trottinette électrique et des cartes de crédit de son oncle. Le ténor incarne parfaitement ce jeune nanti à la mentalité prépubère, livrant paradoxalement une belle énergie dans un chant solaire, poli, ample, lumineux. Il se montre capable de fougue mais aussi d’une belle mélancolie lors de sa sérénade, sans jamais oublié quelques touches d’humour.

Enfin, le rôle-titre est ici porté par Federico Longhi dont le ridicule, dans sa tenue de sport ou avec sa perruque de vieux beau, n’est jamais excessif. La caricature est soignée, sans être trop exagérée. Le chant demeure vigoureux, sonore, et n’a pas à rougir lors de son duo effréné avec Malatesta !


Federico Longhi (Don Pasquale) et Mariam Battistelli (Norina)Don Pasquale, Opéra Nice Côte d'Azur (2026) © Nathan Cassar

Sous la direction de Giuliano Carella, l’Orchestre Philharmonique de Nice miroite aux couleurs de Donizetti, entre magnifiques solos et ensemble harmonieux. Sous la baguette du chef, la phalange niçoise fait battre la partition avec un vibrant équilibre. Enfin, le Chœur de l’Opéra de Nice s’implique scéniquement dès le début, entre personnel d’entretien, masseuses, ou même la notaire de Sandra Mirkovic… avant d’offrir un chant uniforme et juste en parfaits lutins roses de Noël.

Au final, ce Don Pasquale parvient à moderniser l’œuvre sans la trahir, mettant en lumière l'unique personnage féminin plus maline encore qu'il n'y paraît. On ne regrette que l’empreinte des Fêtes certainement bienvenue en décembre, mais beaucoup moins en mars dans une dernière partie moins approfondie que les deux premiers actes. Vocalement et musicalement, les artistes gratifient le public de plaisirs multiples qu’on ne peut qu’encourager à découvrir !

A Nice, le 13 mars 2026.

Don Giovanni à l'Opéra Nice Côte d'Azur jusqu'au 17 mars 2026.

| Imprimer

En savoir plus

Commentaires

Loading