Sabine Devieilhe et Mathieu Pardoy proposent un récital de rêve à l'Opéra de Lyon

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Dimanche, alors que la ville célébrait la musique dans ses rues, l'Opéra national de Lyon le faisait d'une manière particulièrement plaisante avec le récital de Sabine Devieilhe accompagnée au piano par Mathieu Pardoy, déjà donné dans de nombreuses salles.

Un moment tout en grâce, allégresse et enchantement (initialement prévu en janvier mais reporté à l'époque pour des raisons de santé) dont le programme intelligent mêle avec art, compositeurs célèbres, œuvres populaires (connues ou non) ainsi que compositrices plus ou moins redécouvertes.

Les deux artistes ouvrent le bal avec « Der Fischerknale » de Liszt. La voix de Sabine Devieilhe s'élève, et l'on ne peut s'empêcher remarquer l'évolution de sa voix depuis ses débuts en Reine de la Nuit ici-même, 13 ans plus tôt. La voix, déjà divine à l'époque, s'est encore épanouie pour gagner en corps, en consistance, sans perdre de son agilité, moins éthérée. Une voix aujourd'hui bien « charpentée » à la manière d'un vin exquis dont on respire les premières notes avec ce lied.

La soprano prend ensuite la parole, souriante, enthousiaste, amicale, d'une accessibilité joyeuse. Elle nous invite, en ce temps caniculaire, à « plonger ensemble vers le calme d'une nuit sereine ». Cette expression sied fort bien à cette fin de journée, avec un programme sans aucune lassitude ni redondance. Là, tout n'est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté comme dirait un certain poète. Nous y ajouterons donc la sérénité.

Nous poursuivons d'ailleurs avec une chanson populaire, « Erev shel shoshanim », qui est une chanson hébraïque poétique, souvent entendue lors de mariage, ou bien dans des albums de comptines. Le vagues de la mélodie nous emportent dans un havre de paix avant l'arrivée d'une pièce a capella amusante, « Le Petit Chat triste », où Mathieu Pordoy nous laisse entendre sa superbe voix de félin ! Nous redevenons des enfants face à une comptine. Tout se fait en douceur et en connivence.

Cette dernière ressort particulièrement dans les échanges silencieux entre les deux artistes, mais aussi dans l'accompagnement du pianiste qui forme un tout avec la voix de la cantatrice. Le piano se fait subtil, attentif et attentionné, mêlant ses couleurs à celles de la soprano pour un tableau polychromique aux nuances infinies.

Les airs se succèdent naturellement, invitant le public à poursuivre son voyage onirique sans interruption par des applaudissements intempestifs. Ainsi en est-il par exemple de « Du bist die Ruth » (de Schubert), de la Berceuse cosaque, de « Nacht und Träume » (de Schubert) où le vibrato léger de la soprano fait merveille et de la Nocturne de Liszt où le pianiste offre un temps suspendu. Le noir se fait peu à peu sur scène, et seule la musique demeure pour les dernières notes. Tout à l’audition de cette rêverie, le public n’applaudit que lorsque les lumières se rallument, laissant éclater son enthousiasme.

Le jeu s'avère un petit peu plus corsé pour « Meinem Kinde » (de Strauss) avant que ne se succédent «  Die Nacht », « Oh! quand je dors » (Liszt) et « Ein Traum » (Grieg).

Après l'entracte, la soirée se montrera majoritairement féminine, même si les hommes ne sont pas exclus pour autant, comme Richard Strauss et notamment son « Mohnblumen » apportant une touche aussi plus tonique dans une interprétation particulièrement incarnée. Pour « Epheu », on note un ton grave, plus contrit, ainsi qu'une aisance pour basculer d'un ressenti à un autre. Le passage du grave à l'aigu n'est pas esquivé et ressort formidablement.

Avant d'entamer « Ma première lettre » de Cécile Chaminade, Sabine Devieilhe prend à nouveau la parole pour évoquer cette seconde partie portée par des compositrices, « des femmes qui portent leurs voix pour faire entendre celle des femmes ». Là aussi, enveloppée du piano de Mathieu Pordoy, la cantatrice joue le texte et nous embarque dans ces lettres de vie. Outre une longueur de souffle épatante durant toute la soirée, la soprano nous gratifie également de belles attaques franches dans « Mon mari m'a diffamée » (de Germaine Tailleferre), où ses graves et ses mediums s'épanouissent, se déversent avec la douceur du miel.

Darius Milhaud apporte une parenthèse effrénée, aux accents de Delibes, de belles envolées vers les aigus avec une ligne de chant robuste. À peine la dernière note retentit-elle que le public – jusque-là sagement docile – n'attend pas pour laisser exploser son enthousiasme.

Enfin, « l’Hymne à l'amour » d'Edith Piaf clôt le programme de façon sublimissime.

Trois bis s'ajoutent alors, après un bref discours de Sabine Devieilhe qui conclue que « pour les bis, on va peut-être un petit peu se détendre ».

Le premier, effectivement très léger, est un extrait de l'opérette Schnock nous racontant avec humour et malice « Une nuit au poulailler ». Le second est un air de Barbara, « Gare de Lyon », clin d'œil indirect à la Capitale des Gaules accueillant le récital. On ne peut s'empêcher de penser, en entendant les dernières paroles (« Taxi vite, allons à la gare de Lyon »), que le public suivrait la cantatrice sans hésiter.

À force d'applaudissements, la salle parvient à faire revenir les artistes mais la soprano prévient avec humour que c’est d’accord « parce qu'il fait encore 38 dehors », mais cette fois-ci, c'est vraiment le dernier. Elle partage alors un air de Fauré ayant une véritable signification pour elle, un «  manifeste pour tirer le plus beau de toutes les petites choses de la vie ». Cette interprétation  « d'Au bord de l'eau » nous berce une dernière fois avec bienveillance avant de retomber dans les vicissitudes du monde extérieur.

On ne regrette pas un instant d'avoir bravé la canicule et la foule pour trouver au sein de l'Opéra de Lyon une bulle de rêverie hors du temps. Face à la beauté de la programmation, on ne peut s'empêcher d'espérer un disque de comptines et chants calmes, comme l'avait fait Olga Peretyatko avec Songs for Maya. Une chose est certaine : la musique ne pouvait pas rêver meilleure célébration !

E.M.
(Lyon, le 21 juin 2026)

Récital de Sabine Devieilhe et Mathieu Pardoy à l'Opéra de Lyon, le 21 juin 2026

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