Chronique d'album : "Songs for Maya", d'Olga Peretyatko

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Le 14 mai dernier, Olga Peretyatko partageait avec le public un nouveau disque très personnel, intitulé Songs for Maya, paru chez le légendaire label russe Melodiya. Accompagnée au piano par Semjon Skigin, la soprano russe livre plus de vingt berceuses et airs apaisants, aux allures de cadeau pour les parents et leurs enfants, mais aussi pour tout un chacun qui trouvera ici une parenthèse enchantée hors du stress et du temps.

Cet enregistrement se démarque de ceux que la soprano russe avait sortis précédemment. Le talent de la cantatrice est aujourd'hui amplement reconnu, ce qui lui permet d’aborder des projets plus personnels, intimes et inattendus, pour notre plus grand plaisir. Le disque Songs of Maya est ainsi dédié la fille Maya d'Olga Peretyatko, née le 27 janvier dernier, et réunit un ensemble de berceuses du monde (chinoise, japonaise), et d'airs célèbres ou plus rares. Loin d'endormir (au sens péjoratif du terme), le disque est une véritable source d'apaisement, qui parle non seulement à l’enfant qui est en chacun de nous par ses mélodies berçante avec un langage extrêmement efficace, mais aussi simplement à l’universalité des êtres. 

L’écoute débute par Mozart, compositeur que la soprano connaît bien, et son Schlafe, mein Prinzchen, schlaf ein, Wiegenlied (Endormez-vous, mon prince, endormez-vous, Berceuse). Les premiers mots de l'enregistrement invoque le sommeil, et c’est donc dans la retenue maîtrisée qu’Olga Peretyatko porte sa voix, loin des pyrotechnies vocales auxquelles elle a pu nous habituer. L’exercice n’en est pas moins remarquable : évitant toute monotonie, la cantatrice module sa ligne de chant et sa puissance, qu’elle fait fluctuer jusqu’aux limites. Dans Der Sandmann (de Schumann), la musique fait naître le sable et ses grains qui tombent, tandis que la voix délie les mots pour suivre l’intonation musicale. Pour Cradle Song (« Спи, малютка »), le filet de voix est plus discret et lie au contraire chaque mot, tandis que dans « Спокойной ночи » (« Bonne nuit »), la soprano laisse davantage aller sa voix dans la puissance, mâtiné d'un côté plus jazzy dans Summertime de George Gershwine… L’on pourrait poursuivre ainsi tout au long des 23 chants du disque, tant chacun se détache par une identité propre et parfaitement travaillée tant par Olga Peretyatko que par le pianiste Semjon Skigin. Ce dernier déploie un touché alliant douceur et netteté, modulant les notes à l'image de la soprano avec sa voix. Il serait aisé de se laisser aller à un jeu sans grande interprétation pour ces berceuses, mais la réussite du disque tient justement à l’art de sublimer ces phrasés et leur simplicité  composés par certains des plus grands noms de la musique classique, Mozart, Dvořák, Wagner, Brahms, Puccini, Tchaikovsky…

Parmi les nombreuses langues du disque – faisant voguer l’oreille de l’une à l’autre, et entendre la richesse de toutes ces sonorités – se trouve le français, à plusieurs reprises, notamment avec Gounod et Alexandre-César-Léopold Bizet. Si l’on se souvient d’une prononciation qui méritait de gagner en précision il y a quelques années, la diction est à présent plus travaillée, et l’on sent que la cantatrice s’applique à rendre audible chaque air, dans sa langue originelle. On apprécie le travail fourni, qui rend compréhensibles les paroles des berceuses malgré les difficultés de la langue française, et même s’il est vrai que l’on pourrait gagner encore en précision dans Si l’enfant sommeille, il verra l‘abeille. Nous ne sommes pas à même de juger ce qu’il en est du chinois et du japonais, mais Chūgoku chinou no Komoriuta parvient parfaitement à nous emmener dans le bercement du chant, et l’on imagine sans peine un enfant lové dans les bras de sa mère se laisser porter au royaume du sommeil par la voie tracée de cet air.

Enfin, difficile de ne pas évoquer le dernier air du disque, un mantra composé par Olga Peretyatko et Semjon Skigin. Il s’agit ici de phrases simples et apaisantes répétées dans 19 langues. Ce mantra, dédié à tous les parents du monde, est également fait pour que chacun puisse fredonner ou même improviser avec l'artiste sur cet air berçant et entêtant. Un cadeau, qui peut ainsi vivre et perdurer bien au-delà du disque. Difficile d’ailleurs de ne pas fredonner l’air une fois la voix de la soprano éteinte, un peu comme si nous en prenions la suite pour transmettre à notre tour cet apaisement. Les disques ayant cette portée de transmission sont rares. Le seul regret réside peut-être dans l'absence des paroles dans le livret, mais les berceuses sont faites pour être chantées et non lues...

Finalement, le disque s’apparente à un bon livre le soir, au coucher : on se dit que l’on s’arrêtera à la fin du chapitre – ou de la piste – mais, lorsque les derniers mots arrivent, on se lance dans le chapitre suivant, et ainsi de suite jusqu’au terme de l’œuvre, alors qu'elle nous a complètement happé. On se laisse aller à l’écoute, si bien bercé d'air en air par le chant d’Olga Peretyatko et le piano de Semjon Skigin, dans une infinie quiétude. Un disque qu’il fait bon écouter pour se lover dans un cocon de bien-être, peu importent ses goûts musicaux. 

À noter que le programme du disque sera donné en concert le 19 juillet au Festival de Verbier.

Elodie Martinez

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