© Festival de Musique de Menton
En mars 2022, nous avions le plaisir de découvrir le disque de Marie-Laure Garnier et Célia Oneto Bensaid, Songs of Hope, ainsi que d'en discuter avec la soprano. Un peu plus de quatre ans plus tard, nous sommes ravis de constater la présence de ce programme à la 77e édition du Festival de musique de Menton, dont l’excellence se dresse tel un phare pour mieux nous retrouver. Une fois encore, nous saluons l’excellence de la programmation du festival de Menton, qui ne cesse, d’année en année depuis un petit peu plus de 10 ans, d’asseoir une qualité renouvelée sans cesse grâce, notamment, à la direction de Paul-Emmanuel Thomas.
Nous ne cachons jamais notre joie de retrouver ce festival devenu incontournable dans le paysage musical français sous la direction de Paul-Emmanuel Thomas, qui offre ici sa treizième édition. On n’oublie pas, effectivement, que suite à sa nomination, le chef français a permis au festival d’atteindre les cieux qu’on lui connaît aujourd’hui. Dans un cadre enchanteur (celui du parvis de la Basilique Saint-Michel), plus intimiste (comme au Palais de l’Europe) ou encore plus ouvert (comme au grand air devant la mer), le festival offre une multitude de possibilités pour entendre une programmation virevoltante.
Habitués aux grands concerts sur le parvis, nous avons le plaisir d’entendre cette année le récital de Marie-Laure Garnier et Célia Oneto Bensaid dans le cadre plus feutré du Palais de l’Europe, où la proximité avec les interprètes n’est pas que physique. En effet, les deux artistes s’adressent au public, partagent avec lui leurs airs, leur musique, mais surtout elles-mêmes.
Pour ces « chants d’espoir », elles choisissent d’ouvrir la soirée avec une spiritual song, Walk together Children. Une véritable invitation à marcher avec elles, à nous promener dans ce décor, ces émotions où elles nous guident. Nous retrouvons derechef une belle énergie qui n’est pas sans rappeler l’art du gospel dans l’intonation ou la projection des consonnes. Immédiatement, ce qui nous saisit aussi est la présence véritable de deux voix : celle de la soprano, mais aussi celle du piano, loin de se poser en simple accompagnateur. Nous assistons à un véritable duo, dans lequel chacune fait briller sa personnalité au service de l’autre dans une belle complicité (appuyée par leurs tenues noire et blanche, telles le Ying et le Yang).
Afin de poursuivre dans ce programme qui « porte l’énergie de la résilience, la paix et l’harmonie », nous sommes invités à la méditation et au calme avec Laïla bi-Khna’an (extrait des Images palestiniennes) de Valentin Schlonski, avant de poursuivre avec Ride On, King Jesus et Deep River. La prononciation de l’anglais coule merveilleusement bien, mais on regrette rapidement que la salle ne soit finalement pas très appropriée pour un tel récital. Si l’acoustique naturelle du lieu n’est pas d’une grande aide, ce qui pèche peut-être le plus est la disposition centrale du plateau, entouré par le public. Cela contraint la chanteuse à tourner, et à choisir ainsi qui bénéficiera de sa projection. En revanche, Célia Oneto Bensaid profite de l’occasion pour alterner le piano sur lequel elle joue et permettre ainsi au public d’en profiter pleinement, quelle que soit sa place.
On note l’attention portée au texte dans Main dominée par le cœur de Poulenc, puis arrive une nouvelle pause explicative, un nouveau temps de partage pour présenter ce qui suit : Wiegala, de la compositrice tchèque Ilse Weber, décédée à Auschwitz. D’abord déportée au camp de concentration de Theresienstadt, elle s’y occupe des enfants comme infirmière et compose pour eux des chansons. La légende raconte qu’en se rendant à la chambre à gaz, les enfants et elle chantaient cet air. Difficile de ne pas ressentir le poids de cette période en contraste avec la douceur de l’air, dont l’atmosphère nous porte vers My Good Lord’a Done Been Here. Là, les envolées de la voix de Marie-Laure Garnier viennent cueillir le public, avant la parenthèse suspendue de Priez pour paix de Poulenc.
Les artistes nous mettent ensuite en garde : nous entrons dans le passage sombre du programme, entre derniers instants de Jésus (He Never Said a Mumblin’ Word), le Kaddisch de Ravel, ou encore le déracinement des esclaves afro-américains (Sometimes I Feel Like a Motherless Child). Le côté « sombre » ressort davantage dans la musique, où le talent de la pianiste brille particulièrement. Le premier air est très habité par les deux artistes, et la soprano exprime un souffle chaud et mortifère pour l’ultime « not a word ». Puis le kaddish nous transporte. La ligne de chant nous fait voyager, solide, dans une humanité renouvelée sans cesse.
Nous embarquons ensuite dans le Gospel train qui nous emporte effectivement dans une contrée plus lumineuse. La Prière exaucée de Messiaen poursuit dans le thème de l’évasion, puis Weepin’ Mary reste en suspension, invitant à une suite qui sera en réalité le dernier air du programme. Pour celui-ci, la cantatrice reprend en partie sa casquette de cheffe de chœur pour diriger le public dans Wade in the Water.
Avec ce récital, Marie-Laure Garnier et Célia Oneto Bensaid offrent un voyage à travers le monde mais surtout les cultures pour montrer qu’il n’y a finalement qu’un monde, et que la culture peut aussi être universelle. De la même manière, la voix de la soprano s’enrichit de ses expériences diverses et ressort nourrie, influencée par le gospel dans son lyrisme. Quant au jeu de Célia Oneto Bensaid, il frappe, touche, exprime, vibre par le langage le plus universel qui soit : la musique.
E.M.
Menton, le 3 août 2026
Songs of Hope de Marie-Laure Garnier et Célia Oneto Bensaid au festival de Menton le 3 août 2026.
10 août 2026 | Imprimer
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