Chronique d'album : "Songs of Hope", de Marie-Laure Garnier et Célia Oneto Bensaid

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Le 18 mars est paru chez NoMadMusic Songs of Hope, premier disque du duo formé par la soprano Marie-Laure Garnier et la pianiste Célia Oneto Bensaid qui font dialoguer les mélodies de Poulenc et Messiaen avec des negro-spirituals pour un message de paix.

L’ouverture du disque est entraînante avec « Walk together Children » et met dans de très bonnes conditions pour la suite. L’alternance des mélodies françaises et des negro-spirituals peut néanmoins surprendre – voire en déconcerter certains –, y compris à l’oreille. Le mélange de « ces chants au style totalement hybride » se veut en réalité « un miroir de nous : une société métisse, riche de sa culture multiple ». Ici, le texte compte particulièrement et le fond sert de liant à la forme.

Les chants de negro-spirituals apportent, musicalement parlant, une énergie bienvenue dans les mélodies françaises, que cela soit par le rythme, immédiatement palpable, ou dans le chant en lui-même. La force dégagée par la ligne de chant de Marie-Laure Garnier s’épanouit particulièrement, comme par exemple dans « He never said a mumbalin’Word ». « Sometimes I feel like a motherless child » est un autre exemple de moment particulièrement réussi dans ce disque, et l’on notera à chaque fois le dialogue avec le piano de Célia Oneto Bensaid.

Ainsi que le montre la pochette, le projet n’est pas celui d’une soprano accompagnée d’une pianiste, mais bien d’un duo entre les deux artistes. Certes, on entend la voix de Marie-Laure Garnier par-dessus le piano – ne serait-ce que pour ne pas obtenir un résultat cacophonique – mais elle se mêle à celle du piano qui, loin de seulement porter ou accompagner, répond, dialogue et s’exprime. Les mots présentant le programme dans le livret sont d’ailleurs signés des deux noms, démontrant l'union des deux artistes, comme les deux faces d’une même pièce, à ceci près qu’elles ne sont pas dos à dos ici mais bien le regard tourné l'une vers l’autre.

Face au talent de la pianiste se trouve donc celui de la cantatrice qui continue de nous charmer. La ligne de chant est limpide, soyeuse, déployant de beaux médiums et de beaux graves chaleureux, et l’on apprécie particulièrement l’excellente prononciation, tant en français qu’en anglais, qui offre une palette d’expressions d’autant plus importante. Les couleurs qui s’en dégagent teintent avec calme et parcimonie l’écoute paisible du disque.

Toutefois, si les negro-spirituals se laissent facilement écouter par leur caractère populaire qui parle à l’auditeur de manière universelle, il faut avouer que l’on a du mal à suivre un « chemin d’écoute » entre les différents chants sélectionnés. On ressent la thématique de paix qui les unit, mais il faut être attentif aux textes pour saisir le lien qui les lie plus particulièrement les uns aux autres, les réponses de l’un à l’autre, l’évolution qui a lieu. Cette compréhension demande une sensibilité particulière et un travail d’écoute pour se laisser entièrement porter d’un texte à l’autre. Ainsi, si l’on se penche un peu sur le programme, on comprend que la « Prière exaucée » de Messiaen peut répondre à « Priez pour paix » de Poulenc. C’est finalement en étudiant avec un peu d’attention les textes sélectionnés – et traduits dans le livret – que l’on découvre une sorte de voyage qui se clôt par « Weepin’Mary » et un entraînant « Wade in the Water », plein de peps qui donne envie de plonger davantage dans l’univers des negro-spirituals.

On prend décidément un plaisir immense à écouter un si superbe duo. Sa qualité est un délice de tous les instants, que l’on apprécie depuis plusieurs années dans le registre de la mélodie française – où la voix de Marie-Laure Garnier s’épanouit avec plaisir – mais aussi dans celui des negro-spirituals et la découverte de cette même voix, à la fois similaire et différente.

Peut-être est-ce là un autre plaisir de ce disque : la joie d’entendre une même voix et un même talent se teinter, se colorer selon ces deux styles, unis dans un programme et dans le talent du duo. Un véritable métissage au service d’un message de paix.

Elodie Martinez

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