Chronique de disque : La Passione di Gesù, de Leonardo García Alarcón

Xl_critique_album_-_la_passione_di_gesu_de_leonardo_garciia_alarcoon © Alpha Classics

En septembre 2022, Leonardo García Alarcón créait à Ambronay sa première grande composition, La Passione di Gesù, reprise au festival Saint-Denis en 2023. Ce « labyrinthe canonique en forme d’oratorio » a été porté à l’enregistrement chez Alpha Classics sous la forme d’un très beau livre disque. Au fil des pages, nous pouvons ainsi en apprendre davantage sur la genèse de l’œuvre, sa nature, mais aussi ses références musicales annotées – parfois mystérieuses – à côté de certains passages.

Le livret est signé par Mario Sabbatini, qui s’inspire de l’Évangile apocryphe attribué à Judas. Ce dernier, en restauration à Genève où le compositeur l’a découvert, apporte un éclairage nouveau sur l’apôtre honni depuis un peu plus de 2000 ans : selon ce texte – non reconnu par l’Eglise – la trahison de Judas fut faite à la demande de Jésus afin de le « libérer de sa dépouille mortelle ». Un éclairage apporté par Marie-Madeleine, ici reconnue comme la plus fidèle de ses disciples qui après avoir rapporté sa vision du tombeau vide de Jésus révèle l’échange resté secret entre Jésus et Judas auquel elle a assisté. Les femmes sont par ailleurs traitées avec beaucoup d’égard et gagnent une importance supplémentaire : il est non seulement question de « la relation de Jésus avec Marie Madeleine, de sa place comme disciple parmi tous les autres, en tant que femme » mais aussi de représentation de « la Vierge Marie avec toute sa force lors de la Passion de son fils, comme une personnalité qui dirige et guide les autres ».

Il est donc ici question de révélations qui s’entremêlent, mais aussi de Temps qui se croisent, entre présent du récit et événements passés, mais aussi mélange des langues puisque nous en entendons plusieurs aux côté de l’italien, majoritaire (latin, allemand, français).

Cette mixité dans le livret reflète celle présente naturellement dans la musique puisque Leonardo García Alarcón « convoque la plupart des compositeurs qui (l') ont nourri, mais aussi des styles plus actuels » pour faire la « synthèse de toutes (ses) expériences du contrepoint ». Par ailleurs, s’il s’agit d’un hommage au contrepoint, c’est aussi un hommage « à tous les compositeurs qui ont magnifié cet art, Johann Sebastian Bach en tête ». La composition se pare ainsi de couleurs multiples et variées, allant jusqu’à Chostakovitch ou Steve Reich, sans pour autant donner une impression de patchwork rapiécé, ou de collage aux lignes marquées. À cela s’ajoute une touche argentine avec le bandoneon de William Sabatier. Le passage d’une inspiration à l’autre se fait avec naturel, douceur et intelligence pour un résultat qui se marie au texte avec harmonie, ainsi qu’aux voix pour lesquelles le compositeur avait imaginé son œuvre.

La première d’entre elles se reconnaît dès la première note : Andreas Wolf incarne un Jésus solaire plein de profondeur, de majesté, de puissance et d’une aura qui transparaît jusque dans l’écoute. Mariana Flores prête sa voix à Marie-Madeleine aux côtés de la Marie d’Ana Quintans. Leurs sopranos s’appuient l’un sur l’autre pour mieux se mettre mutuellement en valeur, offrant deux portraits de femmes sculptés dans le détail. La première laisse ressortir des couleurs plus chaudes tandis que la seconde offre un coup de ciseau précis pour un portrait solide taillé dans le marbre.

Julie Roset retrouve à nouveau un rôle d’Ange, sa voix limpide n’ayant pas de peine à voler jusqu’au Céleste. Mark Milhofer laisse ressortir toute la théâtralité de son chant, donnant véritablement vie au personnage à sa simple écoute. Victor Sicard incarne à nouveau Pierre, après l’avoir chanté à Saint-Denis. Nous retrouvons là aussi le phrasé qui nous avait tant séduit en juin 2023.

Nous avions donc été enchanté lors de notre découverte de l’œuvre au festival de Saint-Denis – ainsi que nous en rendions compte – et sommes ravi de renouveler l’enchantement grâce à ce livre disque riche, dont la prise de son ravive pleinement les souvenirs.

Un bel objet à avoir chez soi pour tout amateur de musique !

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