Viva « Viva la Mamma ! » à l’Opéra de Lyon

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C’est par un grand éclat de rire que l’Opéra de Lyon clôt sa saison actuelle en redécouvrant l’opéra très – même trop ! – rarement joué, Viva la mamma ! de Donizetti, un dramma giocoso en deux actes se moquant gentiment du monde lyrique et surtout des personnages qui le façonnent. Il faut rappeler ici que la première version de l’œuvre était une farsa musicale en 1827 avant que le compositeur ne collabore avec le librettiste Domenico Gilardoni en 1831, ce dernier réécrivant les dialogues parlés en récitatifs et enrichissant l’œuvre originelle.
La musique porte parfaitement un livret des plus amusants, comme la scène de lecture où chaque duo lit soit une lettre, soit une critique, soit le livret qu’il retravaille, et où chaque extrait de conversation vient répondre à un autre, créant ainsi un quiproquo qui finira par une dispute générale. Toutefois, l’œuvre ne fait pas tout, et les très nombreux éclats de rire qui résonnent dans la salle pour cette nouvelle production n’existeraient probablement pas sans la formidable mise en scène de Laurent Pelly.


Viva la mamma ! ; © Stofleth

Le metteur en scène avait déjà marqué les esprits des Lyonnais lorsque, en décembre 2015 et janvier 2016, il avait participé à une autre redécouverte d’œuvre, celle du Roi Carotte qui avait enchanté les spectateurs (lire notre chronique). Comment oublier également sa Vie parisienne de 2011 qui a depuis beaucoup tourné mais dont on ne se lasse pourtant pas (un DVD étant sorti) ? Difficile de ne pas y penser d’ailleurs lorsque, au lever de rideau, l’on découvre le décor mêlant parking sous-terrain et salle de théâtre lyrique avec pas moins de trois voitures et un scooter garés ! Si les deux univers paraissent de prime abord forts éloignés, le mélange est ici intelligemment réalisé : on découvre un lieu de répétitions dans le parking, une scène emmurée côté cour et des balcons en fond de scène, alors que le côté jardin abrite ceux d’un théâtre. Peut-être peut-on y voir ici que ce que à quoi nous assistons est tant au propre qu’au figuré les dessous d’un opéra… Toutefois, Laurent Pelly explique dans une vidéo de l'opéra qu'il s'agit plutôt de jouer avec le temps : le parking est le lieu présent greffé sur un ancien théâtre, et les personnages sont des espèces de fantômes du passé revivant la répétition. Quant à la "surprise" du final, nous laissons le spectateur la découvrir par lui-même, mais il s'agit là d'un brutal retour dans le présent d'un bel effet !

De nombreux ressorts comiques sont disséminés tout au long de la représentation, comme le souffleur durant la deuxième partie, la coupe de cheveux de Guglielmo (le premier ténor) lorsque ce-dernier enlève son chapeau, la scène de répétition de la prima donna avec les quatre figurants et leurs lances, ou encore lorsque la mamma soulève tout un fauteuil face à la prima donna qui a pris une chaise. Tant de choses se déroulent sous nos yeux, sans pour autant rendre la scène illisible, que l’on pourrait bien revenir voir ce spectacle sans pour autant se lasser ! 


Viva la mamma ! ; © Stofleth

Viva la mamma ! ; © Stofleth

Toutefois, le comique revient aussi en grande partie aux jeux des interprètes absolument excellents, se prêtant entièrement au jeu. Si la direction de Laurent Pelly n’y est certainement pas étrangère, le talent de chacun reste à souligner. Tout d’abord Patrizia Ciofi, prima donna oblige, nous offre une Daria succulente de caricature, hautaine à souhait, saisissant la moindre occasion pour faire montre de son talent vocal qui est, bien évidemment, sans pareil, elle qui est une étoile parmi les étoiles. Le jeu empreint de mimiques intelligemment travaillées parvient à compenser la fatigue qui se fait sentir dans la voix, non pas dans les aigues qui sont fort bien exécutées, mais dans le médium et parfois les graves.

Si la prima donna est tant imbue de sa personne, c’est que Procolo, son mari, n’y est pas pour rien, totalement en adoration devant son épouse et le moindre de ses caprices. Ainsi, alors qu’elle a un petit peu chaud, il demande à rafraîchir la pièce parce qu’elle est « en nage ». De plus, alors qu’il est interprété par un baryton, ici Charles Rice, il se propose de remplacer le ténor lorsque ce dernier part, entraînant quelques soucis de justesse lors de la répétition. Le chanteur se sort magistralement de ce rôle, auquel Laurent Pelly a ajouté un caractère quelque peu délicat (voire efféminé) dans la gestuelle.

Face à ce couple, le primo tenore Guglielmo (au nom de famille imprononçable et impossible à écrire) d’Enea Scala ne manque pas de couleurs, lui que le public lyonnais avait découvert dans La Juive la saison passée. Si les différents airs du personnage permettent au ténor de rappeler au public ce dont il est capable, le comique de son personnage est appuyé par une voix sûre, bien projetée, et le ténor paraît s’amuser au moins autant qu’il amuse le public. Katherine Aitken est pour sa part un Pippetto dont la voix porte assez peu mais dont le grimage est fort réussi. Difficile toutefois d’installer ce personnage dans les esprits lorsqu’il est si peu présent, n’ayant ici aucun grand air, pas même dans l’acte II (alors que le ténor y revient pour le sien, sans que l’on sache vraiment pourquoi). Les rôles du Chef d’orchestre, du Poète et de l’Impresario, respectivement Pietro di Bianco, Enric Martinez-Castignani et Piotr Micinski (un habitué des lieux) sont eux aussi très bien tenus, laissant voir tout le stress de leurs positions, les compromis qu’ils sont obligés de faire et la crise de nerf qui n’est finalement jamais loin, comme le montre le départ de l’Impresario dans la première partie.


Viva la mamma ! ; © Stofleth

Clara Meloni est pour sa part Luigia, la seconda donna, plutôt timide dans la première partie, la voix n’étant pas aussi bien projetée qu’on l’espérerait, peut-être à cause du stress car elle se révèle totalement dans son grand air, à l’acte II. La voix se déploie ici, la ligne de chant reste claire et liée, le tout porté par un souffle agréable. Cependant, ce n’est aucune des deux sopranos qui est au centre de l’œuvre mais bien la mère de Luigia, à savoir Mamma Agata interprétée par… Laurent Naouri, dans une forme et un comique olympiques ! L’apparition seule du baryton-basse suffit à provoquer le rire et l’amusement. Grimé comme un personnage de farce (le but étant de ne pas chercher à nous cacher que c’est un homme, bien entendu), il fait une entrée tonitruante et remarquée. Sa taille assez grande permet quelques tours comiques, le chanteur jouant à merveille le rôle et montrant un personnage des plus drôles, véhément(e), menaçant(e), le visage fermé face et lançant des pics à la prima donna et son époux, n’hésitant pas à traiter ce dernier de « bouffon ». Laurent Naouri va même encore plus loin en n’hésitant pas à chanter en voix de tête, prenant une voix aigüe pour certains airs, appuyant a contrario sur certaines notes très graves pour amener un effet de comique supplémentaire. Quant à son grand air « Assisa a’ pieè d’un sacco », délicieuse parodie de la Canzone del salice de Rossini, il est parfaitement exécuté.

Un vrai bonheur en somme que cette production de Viva la mamma ! qui nous fait regretter de ne pas voir cette œuvre davantage donnée et qui promet au public un moment extrêmement amusant. Un spectacle que l’on voit et qui donne envie d’être revu ! Cela tombe bien, puisqu’il sera diffusé en direct sur grand écran le 8 juillet prochain, soir de la dernière (nous vous en dirons bientôt plus à ce sujet).

Elodie Martinez

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