Le festival de Menton réunit trois contre-ténors autour de Zefira Valova pour une soirée qui caresse les cieux

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Pour cette édition fêtant les 70 ans de l’événement, le festival de Menton gâte plus encore que de coutume son public. Outre le récital de Patricia Petibon et les nombreux autres concerts faisant appel à certains des grands noms de la musique classique (Jordi Savall et le Concert des Nations, Emmanuel Pahud, Yuja Wang, Bertrand Chamayou, Béatrice Rana ou Renaud Capuçon…), nous avons eu droit samedi soir à non pas à un, ni deux, mais bien à trois contre-ténors, Kangmin Justin Kim,  Jake Arditti et Carlo Vistoli, accompagnant et accompagnés par la violoniste virtuose Zefira Valova alors à la tête d’Il Pomo d’Oro, un ensemble habitué du festival (nous l’avions notamment entendu en 2017 avec Marie-Nicole Lemieux).

Le baroque était bien sûr à l’honneur dans un programme réunissant Vivaldi et Haendel, et l’on est étonné de ne pas voir l’orchestre s’accorder plus souvent compte-tenu de la chaleur et surtout de l’humidité régnant sur la ville ce soir-là. Le résultat n’en demeure pas moins remarquable avec un ensemble toujours excellent qui débute la soirée avec l’Ouverture d’Olimpiade de Vivaldi. On remarque dès lors non seulement l’équilibre et l’harmonie de l’ensemble, l’écoute de chacun, la complicité des musiciens mais aussi et surtout le violon à la tête de l’orchestre : la bulgare Zefira Valova, entièrement habitée et habitant la musique qu’elle sert merveilleusement malgré des conditions climatiques peu favorables.


« Trois contre-ténors » au festival de Menton ; © Christian Merle

Arrive ensuite Kangmin Justin Kim pour « Sento in seno » extrait de Tieteberga de Vivaldi qui semble davantage assuré lorsqu’il peut laisser aller sa voix. Il faudra attendre la seconde partie de la soirée pour retrouver tout le talent et l’envergure que nous lui connaissons. Jake Arditti suit avec « Crude Furie » de Xerxes, figure déterminée, avec un chant allant crescendo, mais une projection qui souffre parfois de la comparaison avec ses deux confrères. C’est ensuite au tour du Concerto pour 2 violons, 2 violoncelles et cordes de Vivaldi de permettre un petit interlude musical. Les pupitres se réorganisent afin de mettre en avant les deux violons, et nous pourrons ainsi apprécier la virtuosités des instrumentistes solistes avant que cette partie ne s'achève par « Rompo i laci » de Favio par le troisième contre-ténor de la soirée, l’Italien Carlo Vistoli qui déploie ici une voix riche, à la belle tenue, à l’envol sûr et serein.

Après ce premier temps que l’on pourrait assimiler à un « tour de présentation », on peut dire que les choses sérieuses commencent. Non qu’elles ne l’étaient pas avant, mais les voix seront ici plus assurées, parfois en duo, et le Concerto RV248 de Vivaldi mettra en avant Zefira Valova, seule soliste cette fois, dans un exercice de dextérité, de nuances et de couleurs plus admirable encore que le concerto de la première partie, faisant montre ici d’une multitude de techniques parfaitement et adroitement maîtrisées.

Carlo Vistoli et Kangmin Justin Kim offrent le duo qui lance cette deuxième partie de soirée, « Nel giorni tuoi felici » d’Olimpiade, dans lequel le jeune coréen endosse le rôle de l’Athénienne et son collègue italien celui de l’athlète. Un moment très intéressant qui permet de savourer la différence entre les deux voix de contre-ténor, celle de Kangmin Justin Kim étant particulièrement impressionnante de par son envergure, ses aigus l’amenant quasiment à une voix de soprano tandis que ses graves restent puissants et particulièrement propres et profonds. Carlo Vistoli lui répond ici avec aisance, formant un couple que l’on se délecte d’entendre. L’Italien revient pour un savoureux « Sovvente il sole » (Andromeda liberata) aux mediums chaleureux et miroitant dans une ligne de chant parfaitement claire. Un très beau moment porté également par Il Pomo d’oro qui a enthousiasmé le public, à raison. Après l’intermède musical vient l’air de Jake Arditti, « Vedro con mio diletto », toujours superbe, puis « Con l’ali di costanza » d’Ariodante, porté cette fois par Kangmin Justin Kim, avant qu’un dernier duo ne finisse la soirée avec les deux autres contre-ténors, « Coronata di Gigli e di rose » de Tamerlano.

Face à l’accueil chaleureux du public, les artistes offrent deux bis dans lesquels ils prennent plaisir à chanter ensemble en se partageant « Nel profondo », faisant mine de se couper les uns les autres et de concourir dans le chant pour un résultat qui ne met que davantage en avant leur complicité évidente. Finalement, « Ombra mai fu » viendra apporter une ultime douceur à cette soirée que l’on aurait aimé ne pas voir se finir et qui a su nous faire toucher les étoiles grâce à celles présentes sur scène.

Elodie Martinez
(Menton, le 10 août)

©Christian Merle

"Les trois contre-ténors" au festival de Menton le 10 août.

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