La Damnation de Faust à Angers et Nantes : un trio infernal à se damner !

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Cela fait maintenant trois ans qu'Angers Nantes Opéra et l’Orchestre National des Pays de la Loire collaborent pour le spectacle d’ouverture de saison donné en version de concert. Après Lohengrin l’an passé, l’opéra choisi cette année est La Damnation de Faust de Hector Berlioz qui marque également une prise de rôle très attendue : celle de Catherine Hunold dans le rôle de Marguerite.


Catherine Hunold et Michael Spyres ; © Jef Rabillon

Disons-le tout de suite, cette prise de rôle fut une grande réussite. Si la soprano française est davantage connue pour ses interprétations wagnériennes (qui l’ont déjà conduite sur bien des scènes étrangères où elle connaît un succès mérité), elle montre ici que ce registre est loin d’être le seul qu’elle maîtrise. Son interprétation de l’air « D’amour l’ardente flamme » est d’une nuance extrême, d’une justesse sans faille, apportant toute la délicatesse possible à cet instant, de même que pour La chanson du Roi de Thulé qui nous transporte aux côtés de ce monarque malheureux, fidèle à sa bien-aimée dont il garde précieusement la coupe. Elle apporte au personnage ce qu’il faut de naïveté et de passion pour lui donner toute sa dimension dramatique tandis que les graves dont elle part Marguerite semblent sortir sans effort.

Toutefois, si l’on ne tarie pas d’éloges sur l’unique soliste féminine, les deux autres protagonistes du trio infernal n'en méritent pas moins. Le Méphistophélès de Laurent Alvaro est en effet à se damner : l’étoffe riche dans les graves se prolonge dans les aigus, la diction parfaite s’ajoute à l’excellente projection et la présence elle-même du baryton-basse sert le personnage. Cheveux noirs et plaqués, barbe pointue, regard aiguisé, une certaine aura se dégage naturellement de l’artiste. Ce dernier s’étant blessé peu de temps avant le Première, c’est boitant et s’appuyant sur une canne qu’il passe la soirée, ajoutant finalement une dimension noble et inquiétante supplémentaire à ses autres atouts.

Quant à Michael Spyres, comment ne pas être admiratif devant son Faust éblouissant qui maintient l’attention du public de la première à la dernière note. Sa connaissance indéniable de la partition (qu’il a déjà chantée dans le cadre du festival de La Côte-Saint-André en août 2014... ainsi que cet été) sert merveilleusement le personnage qu’il interprète par ailleurs sans partition dans un français des plus appréciables et atteignant certains aigus étonnants pour un ténor. Son Faust est jeune, crédule, mélancolique (le « Je souffre » qu’il lâche en un souffle ne laisse pas indifférent) et intense. Bertrand Bontoux campe pour sa part un Brander quelque peu en-deçà du trio principal mais la diction reste, elle, remarquable.

Pascal Rophé est à la tête de l’Orchestre National des Pays de la Loire qu’il dirige puissamment mais là aussi de façon nuancée. Lors de la célèbre Marche hongroise, les cymbales résonnent dans l’ensemble de la salle telle une vague submergeant le public. La puissance de l’ensemble est savamment maîtrisée, ne passant jamais au-dessus des voix, sauf peut-être lors de l’air « D’amour l’ardente flamme » où l’on aurait aimé que l’orchestre parviennent à atteindre les pianissimi de la soprano. Pour le reste, la direction ne manque pas de nuances, tout en offrant une très grande lisibilité de la partition qui a su enthousiasmer le public, de même que les chœurs d’Angers Nantes Opéra et de l’Opéra de Dijon venu renforcer les rangs du premier afin d’offrir là aussi une puissance qui emporte tout sur son passage et relève avec brio la partition de Berlioz.

Une belle ouverture de saison à ne pas rater !

Elodie Martinez

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