Chronique d'album : "Enchantée", de Marie Oppert

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Cela fait quelque temps que les artistes lyriques n’hésitent plus à sortir du cadre stricte de l’opéra afin de décliner leur voix dans des registres différents. On pense à Renée Fleming et son goût pour le jazz, aux incursions de Jonas Kaufmann ou Roberto Alagna dans la musique populaire italienne ou encore à Joyce DiDonato et son disque Songplay dont nous rendions compte. Autre exemple qui vient en tête : Natalie Dessay dont la carrière n’a de cesse de se diversifier, dans bien des registres dont la comédie musicale avec notamment Les Parapluies de Cherbourg. Au cours de cette production, le public a pu entendre à ses côtés la jeune soprano française Marie Oppert (déjà repérée comme jeune talent par Opera Magazine) qui va finalement sortir son premier disque, Enchantée, le 4 septembre prochain chez Warner Classics – après un lancement initialement prévu le 27 mars et un report courant mai.

Grande habituée des comédies musicales – comme Peau d’Âne ou Un Violon sur le toit dans lequel nous l’avions entendue –, c’est naturellement que ce premier disque se tourne vers des horizons musicaux s’y attachant. Point de Mozart ou de mélodies françaises ici, mais « un voyage féérique où les airs de Broadway et les chansons françaises avec lesquels (Marie Oppert) a grandi se rencontrent ».

Le premier air apporte de lui-même toute sa légitimité au titre du disque et une belle invitation à ce voyage puisqu’il s’agit de « Journey to the past », extrait du dessin animé Anastasia. Les aficionados du film d'animation regretteront peut-être que « Once upon a december » n’ait pas été retenu ici, mais l’artiste semble avoir fait attention à ne pas présenter une même œuvre plus d’une fois. Il faut bien avouer qu’à choisir, ce premier titre est donc un choix judicieux et invite, avec entrain et magie enfantine, à replonger dans le passé et les musiques qui l’ont marquée. Autant dire que cette première chanson fait mouche et que l’on se laisse porter dans ce scintillement musical. Pinocchio suivra avec « When you wish upon a star », peut-être aussi en écho au vœu qu’aurait fait l’artiste qui présente son disque à 22 ans seulement. Les œuvres en référence à l’enfance se poursuivront avec Cendrillon où nous entendons également Natalie Dessay, sa « marraine la bonne fée » qu’elle retrouve avec une complicité évidente, Mary Poppins (la comédie musicale) où Marie Oppert est cette fois rejointe par Melissa Errico, ou encore « Pure imagintaion » de Charlie et la chocolaterie, véritable sucrerie, petit bonbon enrobé de douceur. Quant au célèbre « Over the rainibow » de The wizard of Oz, il est un apaisement pastel, porté par la voix de la soprano qui offre ici un soleil doux et chaleureux, parfaitement accompagné par l’Orchestre national de Lille, sous la direction de Nicholas Skilbeck. On apprécie ici l’envolé musicale en arc-en-ciel, mais le travail est parfaitement maîtrisé dès les premières notes du disque et suit les différents tons proposés tout au long du voyage, avec un bel équilibre tant des pupitres que des émotions. « Electricity » d’Elton John et extrait de Billy Elliot permet pour sa part d’entendre le piano de Thierry Boulanger.

Au-delà de l’enfance, les enfants sont également présents dans deux titres, « Les enfants écoutent » (Into the Woods) et « Les enfants qui s’aiment » (Les Portes de la nuit), dont le texte est signé Jacques Prévert et dont la reprise, ici, ne manque pas de charme. Le chant français se retrouve également dans « Y’a d’la joie » de Charles Trenet, et « Je ne pourrai jamais vivre sans toi », extrait des Parapluies de Cherbourg de Michel Legrand qui ne pouvait décemment pas être absent de ce premier disque. Si l’on se souvient encore de l’interprétation de cet air par Natalie Dessay lors du Concert de Paris 2014, alors aux côtés de son mari Laurent Naouri, c’est bien Marie Oppert et Vincent Niclo qui en étaient les interprètes au Théâtre du Châtelet dans la version symphonique en 2014.

Après un départ plus que convaincant et ces détours dans le monde entre enfance et comédies musicales, arrive le temps malheureux de la fin de parcours, marquée ici par « I got rhythm » de Crazy girl, née à Broadway en 1930. Là aussi, quelle belle façon de clôturer ce voyage ! La soprano a tout aussi bien travaillé son entrée que sa sortie en présentant un titre joyeux, dynamique, qui laisse entendre qu’en plus d’une voix légère et cristalline, l’artiste possède également une voix pleine de force et d’assurance, le soleil doux se transformant à son gré en astre mordoré. Après une telle écoute, en effet : « Who could ask for anything more? »

Si ce disque n’entre pas dans les standards des enregistrements lyriques habituellement proposés par la branche classique de Warner, difficile toutefois de ne pas y trouver un véritable charme et, justement, le plaisir de la diversité et de sortir des sentiers battus pour un voyage pétillant et surprenant, qui rejoint la comédie musicale, digne descendante de l’opéra. A n’en pas douter, Marie Oppert nous offre ici un Enchantée « enchantant » (en un mot comme en deux) !

Elodie Martinez

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