Chronique d'album : Confidence, de Julien Behr

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Vendredi prochain, soit le 28 septembre, paraîtra chez Alpha Classics et Outhere Music le nouvel album de Julien Behr (qui sera dès le lendemain Arsace dans la création mondiale de Bérénice à l’Opéra de Paris), intitulé Confidence. Pour cette aventure, le ténor renoue avec ses origines lyonnaises en s’entourant de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, dont l’excellence n'est plus à démontrer dans ses divers enregistrements, comme aux côtés de Diana Damrau dernièrement. La direction est ici confiée à Pierre Bleuse que nous avions entendu dans Mozart et Salieri en 2017 et qui dirigera à nouveau la phalange lyonnaise cette saison pour Didon et Enée, Remembered.

Si nous avons davantage l’habitude d’entendre le ténor dans un registre mozartien ou belcantiste, ce dernier s’oriente ici vers un registre français romantique où semble l’amener sa voix. Il faut bien avouer que l’on peut difficilement être en désaccord à l’écoute de cet album qui réunit 14 pistes dans un programme conçu par le Palazzeto Bru Zane, entre grand opéra et opéra-comique, mêlant Ambroise Thomas, Bizet, Gounod, Godard, Messager, Leo Delibes, Léhar, Duparc, Chabrier ou encore Charles Trenet dont « Vous qui passez sans me voir » clôt l’album sur un arrangement du compositeur français Arthur Lavandier. A ces grands compositeurs, et à leurs airs plus ou moins connus, se joignent deux noms que l’on a bien moins (si ce n’est pas du tout) l’habitude d’entendre : Victorin Joncières et Augusta Holmès. Le premier est un compositeur et critique français dont l’opéra-comique Le Chevalier Jean fut composé en 1885, et dont nous entendons ici la scène et l’air de Jean, « Parlons de moi, le voulez-vous ?... Oui j’aime, hélas ! ». La seconde est une compositrice française d'origine britannique et irlandais que Camille Saint-Saëns demanda plusieurs fois en mariage et qui entretint une liaison avec Catulle Mendès dont elle eut cinq enfants (les trois filles apparaissant dans le tableau de Renoir, Les Filles de Catulle Mendès). Julien Behr a choisi ici un extrait de l’ode symphonique Ludus pro patria, « La Nuit et l’Amour », datant de 1888.

Cet album se présente donc comme une redécouverte du répertoire romantique français du XIXe siècle. Un exercice difficile au regard de l’hétérogénéité et de la complexité que recouvre la voix de ténor à cette époque. En effet, « le grand opéra la veut longue, sonore et couronnée de contre-notes émises en voix de poitrine à partir des années 1830. L’opéra-comique la souhaite légère, claire et capable de demi-teintes en « voix de tête » jusque chez Bizet et Gounod. Le ténor du Premier Empire, chez Méhul et Cherubini (vers 1800), est central et très barytonnant ; celui de la Monarchie de juillet, chez Adam et Auver (vers 1840), emprunte à Rossini ses vocalises et sa virtuosité ». Le Romantisme plus tardif mêlera ces différentes spécificités afin de donner naissance au ténor de « demi-caractère », le grand ténor d’opéra-comique, à la fois capable de lyrisme et de puissance ainsi que de douceur et d’intériorité, tel que Gérald dans Lakmé ou Roméo chez Gounod.

C’est précisément ce type de répertoire qui sied à merveille au timbre solaire et élégant de Julien Behr, à la fois puissant et délicat, charmant et profond. Ajoutons à cela une diction qui frôle l’exemplarité et qui rendrait presque obsolète le livret si ce dernier n’était pas enrichi de quelques photos et d’un texte présentant chacun des protagonistes de l’album ainsi que le projet global et les pistes qui le compose. Il devient difficile de ne pas succomber à cet enregistrement balayant près d’un siècle de musique. La sérénade de Henry Smith, « Partout des cris de joie… A la voix d’un amant fidèle », extraite de La jolie fille de Perth de Bizet est une des belles découvertes de cet enregistrement et sait emporter l’auditeur dans un parfum chaleureux et envoûtant né de l’union et de la belle harmonie entre le ténor et l’orchestre.

L’Orchestre de l’Opéra de Lyon brille d’ailleurs non seulement dans son accompagnement toujours très juste et mesuré sous la direction de Pierre Bleuse, mais également à travers trois pages symphoniques qui ponctuent l’album. Outre « La Nuit et l’Amour » déjà cité, bel exemple d’élégie sensuelle et nocturne, nous trouvons ici Aux Etoiles de Duparc, qui rejoint la même atmosphère et qui fut composé en 1874 avant d’être remanié en 1911, ainsi qu’une Habanera de Chabrier dans une orchestration luxuriante.

Confidence pour Confidence, voici là un très bel album montrant Julien Behr sous un jour presque nouveau dans un récital taillé sur mesure pour cette voix qui dompte à merveille l’exercice de l’enregistrement audio.

Elodie Martinez

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