Chronique d’album : Berenice, che fai ? chez Aparte

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Aujourd’hui 10 novembre sort chez Aparte Berenice, che fai ?, un album réunissant Lea Desandre, Natalie Perez et Chantal Santon-Jeffery sous la direction de David Stern (à la tête d’Opera Fuoco) et ayant pour origine la scène de Berenice issue de l’opéra Antigono de Johann Adolf Hasse sur un livret de Pietro Metastasio qui a été une source d'inspiration pour de nombreux compositeurs, comme le montre brillamment l'enregistrement.

Selon le Dictionnaire chronologique de l’Opéra, « Antigone est peut-être l’opéra où apparaît le mieux la communion spirituelle entre Hasse et Métastase ». De nos jours, il n’est pas impossible que l’on trouve à redire sur l’extrême sophistication du drame, loin de ceux contés par Corneille et Racine. Point de Titus, d’Antiochus ou même de Rome ici : l’action se déroule en Macédoine. Bérénice, princesse d’Egypte, promet sa main à Antigone, roi de Macédoine, mais il s’avère que la princesse et le fils d’Antigone, Démétrius, sont pris d’un amour passionné l’un envers l’autre, bien qu’inavoué. Le roi, suspicieux, exile son fils, tandis qu’Alexandre, roi d’Epire et amant éconduit de Bérénice, entre en guerre contre la Macédoine afin de se venger. Ismène, la fille d’Antigone, avoue pour sa part à la princesse égyptienne son amour pour Alexandre. Les bases de l’opéra sont ainsi posés dans le premier acte riche en rebondissements, comme les deux suivants.

Toutefois, si la scène de Bérénice en proie à un dilemme cornélien est à l’origine de cet enregistrement, l’opéra est mis de côté afin de mettre en relation l’inspiration qu’a suscité ce personnage à travers des compositeurs tels que Haydn, Mozart, Johann Christian Bach, Mazzoni, mais aussi une compositrice injustement méconnue de nos jours et mise ici en lumière : Marianna Martinez, ou Marianne von Martinez. Pianiste, chanteuse et compositrice née le 4 mai 1744 et morte le 13 décembre 1812, elle apprend tôt le chant auprès de Nicola Porpora et le clavecin auprès du jeune Joseph Haydn dont elle fut un temps la logeuse. Elle prend également des leçons avec Johann Adolph Hasse et Giuseppe Bonno. Grande inconnue parmi les compositeurs présents, elle est donc le point commun qui les relie, avec Bérénice. De quoi faire de cet enregistrement comme un écho au salon que devait être celui de Mariana Martinez et à l’ambiance qui devait y régner.

Si dans cet album David Stern met en perspective plusieurs adaptations du récit et de l’air « Ah Benerice, che fai… » afin d’en démontrer la profondeur dramatique et l’inspiration enthousiaste que la scène a suscité, il lui fallait également trouver les voix qui pourraient servir ce personnage à travers tous les compositeurs conviés. Le choix s’est naturellement porté vers trois solistes issues de trois générations de l’atelier lyrique d’Opera Fuoco qui fêtera ses dix ans d’existence la saison prochaine (l’atelier fut en effet fondé cinq ans après la constitution de l’orchestre). Il a ainsi convié Natalie Perez, dont  le « timbre lumineux et bien projeté » nous avait ravi à Reims et transmet ici l’émoi profond de la jeune Bérénice dans la scène extraite de l’opéra de Mazzoni ainsi que dans l’air « Confusa smarrita » de Johann Christian Bach, extrait de Catone in Utica dont le livret fut justement écrit par Pietro Metastasio. Chantal Santon-Jeffery permet d’offrir davantage de luminosité encore, dans des vocalises mozartiennes reconnaissables. Elle a également en charge la Scena di Berenice de Mariana Martinez dont la seconde piste a des accents de Mozart, compositeur qu'on retrouve dès la piste suivante : l’ordre de lecture est donc fort bien réfléchi. Enfin, Lea Desandre (qui a dernièrement reçu le Prix Jeune Soliste des Médias Francophones Publics et qui est la Révélation lyrique de l’année aux dernières Victoires de la Musique Classique) ouvre et clôt l’album, d’abord avec la Scena di Berenice de Haydn, puis avec celle de Hasse, tant attendue. La voix profonde, riche en nuances et en agilité, alliée à une parfaite maîtrise du genre, offre un beau terrain d’expression à ces pages exigeantes. L’ensemble des extraits vocaux étant accompagné d’une sinfonia de Hasse sur deux pistes parfaitement exécutée par Opera Fuoco qui est ici dans son élément.

Petit bémol cependant concernant l’annonce des titres sur la pochette : le numéro des pistes est indiqué en face du titre de l’extrait, tandis que le nom du compositeur est écrit au-dessus, ce qui crée facilement une certaine confusion. Le livret, quant à lui, offre une explication riche et fort intéressante sur le contenu de l’album ainsi que les compositeurs présents.

Elodie Martinez

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