Chronique d'album : "And love said...", de Jodie Devos

Xl_and_love_said © DR

Ce 26 février, And love said..., le nouveau disque de Jodie Devos accompagnée par le piano de Nicolas Krügger, paraîtra chez Alpha Classics. Si l’on se souvient encore de Colorature, son précédent enregistrement, on change ici totalement de registre pour plonger dans un cadre plus intime. À la virtuosité de la colorature offenbachienne suit présentement une autre facette ou plutôt une autre rencontre avec la jeune soprano belge, désireuse de refléter un « voyage personnel » dans ce programme, avec tout le talent qu’on lui connaît.

Jodie Devos nous invite donc dans une promenade amoureuse, un « love trip » pourrait-on dire, de compositeur en compositeur, anglais, français et belge (faisant écho respectivement à ses études à la Royal Academy of Music de Londres, à sa vie en France et à ses orgiines belges), reflétant ainsi son « parcours personnel », mais dans une seule et même langue, l’anglais. Ce drapeau commun crée alors une cohérence, ou cohésion, entre ces mélodies des XXe et XXIe siècles, et ce « petit » voyage de pas moins de 25 airs.

Nous y sommes littéralement invités par « Come to me in my dreams », de Frank Bridge. Les premières notes du piano sont comme deux bras s’ouvrant en grand pour nous ouvrir la route, avant de se déployer en couleurs et nuances, douceurs, murmures et poussières de rêves – des rêves dans lesquels nous sommes invités et entrons avec plaisir. Le voyage poétique se poursuit alors sans encombre, aux côtés de dix autres compositeurs. On notera d’ailleurs les noms d’Irène Poldowski et de Germaine Tailleferre, deux compositrices que la soprano a intégré à cette promenade comme des pépites trop méconnues. La première se révèle au travers de deux compositions : d'abord Reeds of Innocence, puis To Love. Ce deuxième titre se détache par sa douceur et son envoûtement, des attributs que l’on retrouve certes durant toute l’écoute du disque ou presque, mais plus particulièrement ici. Le disque intègre des œuvres de Darius Milhaud, ainsi que deux pièces de Patrick Leterme, « My Voice » et « Her Voice », composées à la demande de Jodie Devos. Les deux artistes se sont tournés vers des poèmes d’Oscar Wilde pour le texte, servant de base à ces « deux mélodies, très difficiles vocalement, très riches pianistiquement », créées à l'occasion du disque.

Le coeur du disque reste néanmoins le cycle de Benjamin Britten, On this island, dont « Now the leaves are failing fast » accélère le rythme de notre promenade, non sans plaisir, tandis que « As it is, plenty » nous fait gambader joyeusement. Citons également « Old Sir Faulk » (William Walton) qui nous emmène à la limite du cabaret ou du music-hall, clôturant les trois poèmes d’Edith Sitwell rassemblés sous le titre de Three songs from Façade et qui nous plonge dans de courtes histoires et leur univers particuliers.

Toutefois, c’est bien l’ultime titre du disque qui marque peut-être le plus l’auditeur pour son originalité dans un recueil de mélodies : You take my breath away, de Freddie Mercury. Une belle manière de rappeler que les paroliers sont aussi des poètes, tout en rendant hommage au chanteur dans cette version piano qu’il avait donné lors d’un concert à Hyde Park, ainsi que l’explique Jodie Devos dans le livret. Elle explique aussi qu’elle voulait « faire découvrir une part (d’elle-même) qui aime la pop et le jazz ». Une façon également de finir ce voyage sans adieu, d’autant plus que l’on serait enclin à écouter ce dernier chant encore et encore…

Enfin, Nicolas Krügger met ici son art de l’accompagnement, au plus près de l’intention et de la voix, au service de Jodie Devos. La chanteuse déploie une ligne de chant claire, des couleurs, des nuances et une diction qui servent ce disque de mélodies anglaises (pour les textes), où l’on entend une technique toute autre que celle de Colorature, mais aussi impressionnante. Et si l’album ne repose peut-être pas sur un répertoire « tout public », il n'en est pas moins une belle découverte, regorgeant de surprises. Quant au dernier titre, il nous laisse rêveurs sur les possibilités d'un prochain disque peut-être tourné davantage vers cette culture pop et jazz chère à Jodie Devos, qui pourrait se marier à merveille avec la voix lyrique de la soprano.

Elodie Martinez

| Imprimer

En savoir plus

Commentaires

Loading