L’Orfeo de Monteverdi à l’Arsenal de Metz, trop peu de théâtre

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Les opéras en version de concert, voilà la solution ? Plus faciles à monter, concentrant l'attention du spectateur sur la musique, résolvant par le vide la question épineuse de la mise en scène, les versions de concert ont de nombreux partisans, a fortiori quand le contexte général n'incite pas aux contacts physiques que le théâtre demande. L'Orfeo de Monteverdi donné à l'Arsenal de Metz montre pourtant que cette solution est loin d'être sans défaut. Certes, les interprètes ont participé il y a un an à une mise en espace de l’œuvre (c’était au Capitole de Toulouse), mais c'est un travail bien différent de la préparation d'un véritable spectacle. La scène donne aux chanteurs, dans le meilleur des cas, un autre regard sur leurs rôles en en soulignant les enjeux dramatiques : ici, cette force dramatique est largement absente.

Le maître d’œuvre de la soirée est le ténor Emiliano Gonzalez Toro, fondateur de l'ensemble I Gemelli, interprète du rôle titre et crédité de la direction de l'ensemble. À aucun moment, pourtant, il n'agit comme un chef d'orchestre, et c'est la claveciniste Violaine Cochard qui se charge de donner aux musiciens quelques indications là où elles sont nécessaires. Nul doute pourtant que c'est lui qui a joué un rôle déterminant dans la préparation d'ensemble, tout en se préparant pour le rôle-titre : la préparation de l’ensemble est soignée, la cohésion orchestrale incontestable, mais la soirée engendre une frustration croissante. Le travail est bien fait, mais il est plus une mise en place qu’une interprétation. Le choix de tempi par moments accélérés vise certainement à donner un dynamisme à certaines scènes, notamment pour la liesse des deux premiers actes, mais ces tempi sont trop peu habités, trop peu moulés sur les structures textuelles et émotionnelles pour ne pas paraître forcés. Il est significatif que les ritournelles, qui devraient servir à relancer et à varier le discours musical et les voies de la rhétorique, semblent ici des ruptures de ton, comme si elles n’étaient là que pour soulager un moment les chanteurs.

La distribution est tout autant inégale. L'indispensable travail textuel qui porte aux spectateurs les mots du livret avec toute leur force et toute leur saveur n'est pas réalisé constamment au même niveau, y compris pour le rôle-titre ; un Apollon à court de vocalises, une Ninfa et une Proserpina éteintes ne viennent pas compenser les faiblesses du discours musical. Emiliano Gonzalez Toro, avec une voix plutôt barytonnante, cherche l’intensité expressive, souvent avec succès, mais parfois au détriment du travail de détail du texte. Il n’est alors pas difficile à Emőke Baráth de briller dans deux rôles hélas trop courts : elle démontre en Musica et en Euridice bien plus que la beauté de sa voix, avec un sens de la rhétorique monteverdienne qui ne peut susciter que l’admiration.

Dominique Adrian
Metz, Arsenal, 14 octobre 2020

Claudio Monteverdi : L’Orfeo (version de concert).
Avec : Emiliano Gonzalez Toro (Orfeo) ; Emőke Baráth (Musica, Euridice) ; Natalie Perez (Messagiera) ; Alix Le Saux (Speranza) ; Mathilde Étienne (Proserpina) ; Fulvio Bettini (Apollo) ; Jérôme Varnier (Caronte) ; Nicolas Brooymans (Plutone) ; Maud Gnidzaz (Ninfa) ; Zachary Wilder, Juan Sancho (Pastori). Ensemble I Gemelli ; direction : Emiliano Gonzalez Toro.

Crédit photo : © Michel Novak

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