Tosca revêt de nouveaux habits à l’Opéra de Paris

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Vingt ans que le public parisien attendait une nouvelle production du chef d’œuvre de Puccini : c’est dire si l’espoir était de mise en ce soir de première à l’Opéra Bastille !

Robes taille empire, décors napoléoniens et soldats de la Grande Armée, le metteur en scène Pierre Audi choisit de conserver le contexte historique de la Toscaoriginelle imaginée par Victorien Sardou. Le plateau est occupé par une immense croix, d’abord posée sur scène pour abriter les murs de l’église Sant’Andrea della Valle, puis suspendue, telle une épée de Damoclès qui accentuel’aspect théâtral de l'esthétique liturgique. En effet, tout comme dans la partition qui fait souvent appel aux chants religieux, les références au catholicisme sont ici omniprésentes : percées de lumière « divine », religieuses en habits, chapelets et autres crucifix (jusque sur la table où dîne le cruel Scarpia). Mais sans parti pris fort, la mise en scène, bien qu’harmonieuse et visuellement fort belle (le dernier tableau du Ier acte est particulièrement majestueux), s’essouffle un peu au fil des actes et laisse bien souvent les chanteurs à l’abandon.

Trois distributions vont se succéder jusqu’au 28 novembre (date de la dernière représentation), et pour cette première, le casting s’avère assez heureux. Si l’on regrette qu’elle chante parfois Puccini comme on chanterait Wagner, la Tosca de Martina Serafin possède un timbre puissant et assez beau – notamment dans les graves. Elle interprète avec beaucoup d’élégance une diva maniérée qui rappelle immanquablement Sarah Bernhardt (l’actrice créa le rôle de Tosca dans la pièce de Victorien Sardou en 1887). Malheureusement, son manque d’engagement scénique – peut-être lié à une direction d’acteur en mal d’inspiration – rend son interprétation peu remarquable et ses interventions pauvres en émotions. Contrairement à Marcelo Alvarez, qui, malgré un jeu d’acteur peu convaincant, campe un Mario très émouvant. Emission claire et conduite exceptionnelle, le chanteur a une voix si puissante qu’elle traverse aisément les cloisons qui le séparent de Floria au IIe acte. Certes, les aigus craquent à deux ou trois reprises, mais dès le « Recondita Armonia » et jusqu’au « E lucevan le stelle » le ténor impose un chant qui privilégie le sentiment à la démonstration vocale. A leurs côtés, Ludovic Tézier – pourtant annoncé souffrant – campe un superbe Scarpia. Très attendu pour cette prise de rôle, le baryton français se révèle taillé pour le personnage, tant sur le plan vocal que par sa stature intimidante.

C’est du côté de la fosse que se trouve la principale déception du spectacle. La direction de Daniel Oren, pourtant spécialiste de l’opéra italien, manque de relief et le chef semble parfois laisser son plateau à l’abandon. Peut-être l’arrivée de l’italien Evelino Pido à la baguette en novembre à la place du chef israélien réveillera-t-elle ce spectacle qui manque cruellement d’un ingrédient essentiel : l’émotion.

Albina Belabiod

Tosca de Puccini, jusqu’au 28 novembre à l’Opéra de Paris.

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