Orphée et Eurydice de Gluck, à l’Opéra Garnier (février 2012)

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L’Orphée de Gluck, créé en 1774 dans sa version française définitive est un jalon essentiel de l’Histoire de l’opéra : c’est la première fois qu’un opéra est écrit sans recitativo secco et que l’action est toute entière inscrite dans le chant dramatique. La puissance des parties orchestrales et chorales, la réduction de l’action à trois personnages, Orphée, Eurydice et l’Amour (un rôle on ne peut plus secondaire puisqu’il n’apparait qu’une seule fois !), la tension permanente et tragique qui émane de la musique, tout fait de cet opéra du XVIIIème siècle un ouvrage extrêmement moderne. Il ne pouvait donc qu’attirer une artiste comme Pina Bausch qui, en 1975, décidait de s’en emparer pour créer cet « opéra dansé » que reprend l’Opéra de Paris.

Mettant l’accent sur l’intensité fusionnelle des époux, Pina Bausch a inventé des rôles bicéphales : Orphée, Eurydice et l’Amour sont dédoublés en interprètes chantants et dansants.
C’est ainsi que la belle mezzo-soprano suisse Maria Riccarda Wesseling qui chante Orphée est doublée par le danseur-étoile Stéphane Bullion, la jeune soprano chinoise Yun Jung Choi qui chante Eurydice par la danseuse-étoile Marie-Agnès Gillot et la jeune soprano chypriote Zoé Nicolaidou qui chante l’Amour par la première danseuse Muriel Zusperreguy. Et le Balthasar-Neumann Chor, superbe de projection sonore et d’engagement dramatique, est-lui-même doublé par le Ballet de l’Opéra de Paris.
Tout cela produit un spectacle d’une rare beauté, avec des éclairages raffinés, mettant en valeur toute la symbolique tragique que Pina Bausch a voulu retrouver en se référant plus au théâtre antique qu’aux conventions du siècle de Gluck. C’est pourquoi, bien qu’utilisant la version de Paris (dans une traduction allemande), elle revient au final tragique, c’est-à-dire à la seconde mort d’Eurydice suivie du désespoir d’Orphée dont son air si fameux, « J’ai perdu mon Eurydice », semble l’effigie de la détresse absolue.

Spectacle fascinant, hors norme, cérémonie visuelle, opéra dansé, rituel tragique, cet Orphée et Eurydice est un spectacle dont on sort les yeux éblouis par l’invention gestuelle, grands jetés des corps, déplacements arrière, tournoiements obsessifs, qui constituent la grammaire essentielle de Pina Bausch, et les oreilles enchantées par le tressage des voix solistes (dont deux sont de purs produits de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris) et du Balthasar-Neumann Ensemble & Chor sous la direction brûlante de Thomas Hengelbrock.

Alain Duault

Orphée et Eurydice à l’Opéra Garnier
du 4 au 16 février 2012

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