Festival d'Aix 2018 : Ariane à Naxos ou ailleurs

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C’est un opéra qui pourrait se situer n’importe où, à Vienne comme dans le livret ou ailleurs comme sur cette scène du Théâtre de l’Archevêché où l’Anglaise Katie Mitchell a réussi à donner une manière d’unité à Ariadne auf Naxos, cet opéra qui, en fait, n’en a guère. Car c’est la musique, sublime, de Richard Strauss qui concentre la fascination de cet opéra mis en abyme, cet opéra dans l’opéra, qui n’est ni une interrogation sur l’essence de l’opéra (comme le sera Capriccio) ni un miroir de l’opéra confronté à sa réalité, mais plus simplement un divertissement brillantissime.

Ariadne auf Naxos - Festival Aix-en-Provence (2018)
Lise Davidsen - Ariane à Naxos, Aix 2018 (c) Bertrand Langlois

Ariadne auf Naxos - Festival Aix-en-Provence (2018)
Ariane à Naxos, Aix 2018 (c) Bertrand Langlois

C’est ce jeu que Katie Mitchell a voulu mettre en valeur, établissant un lien très opérant entre le Prologue et l’Acte, imaginant de faire assister le mécène et son épouse à la seconde partie (ce qui souligne une autre strate de la mise en abyme, celle de la réalité financière d’une production d’opéra), donnant à ce tourbillon quelque chose de délibérément théâtral qui semble visualiser le scintillement de la musique. On se serait en revanche bien passé de cette « idée » aberrante de montrer Ariane enceinte et de la faire accoucher sur la table au moment de l’arrivée de Bacchus ! Parfaitement absurde et injustifié dramaturgiquement, ce gadget demeure une tache sur une réalisation qui, sans apporter un regard particulièrement neuf sur l’œuvre de Strauss, en est une consciencieuse mise en images.

En revanche, la dimension musicale de cette Ariane aixoise appelle tous les éloges : c’est une distribution sans faille qui fait rayonner les strates de ce jeu sans cesse relancé, à commencer par l’incroyable Ariane de la soprano norvégienne Lise Davidsen. Dès sa première apparition dans le Prologue, elle marque en quelques phrases qui révèlent le métal d’une voix rare – mais c’est dans l’Acte qu’elle peut déployer à profusion une voix impressionnante, celle d’une grande wagnérienne aux ressources de souffle infinies mais à l’étoffe à la fois moirée et transparente. Affligée d’un costume sinistre (et de cet imbécile accouchement – cf. supra), elle retient l’attention du public sidéré par une telle ampleur vocale. Face à elle, tous les autres protagonistes semblent une marche en dessous – mais pourtant, du ténor américain Eric Cutler, tout à fait cadré pour Bacchus, à l’émouvante Angela Brower en Compositeur (devenu, politiquement correct oblige, une Compositrice – ce qui ne change rien au déroulé du spectacle), sans oublier les excellentes nymphes Beate Mordal, Andrea Hill et Elena Galitskaya, et bien sûr « notre » nouvelle Zerbinette nationale, Sabine Devieilhe, à la voix lumineuse et vélivole mais au personnage un rien bridé, tous donnent à cette soirée le brio qu’il lui faut, sous la baguette de Marc Albrecht, parfois un rien lente mais toujours attentive à la matière sonore colorée qu’exige ce joli divertissement. On en sort en aucune manière transformé mais ravi de ces volutes vocales qui en constituent la chair et joliment égayé par une direction d’acteurs légère et joueuse qui en figure le dessin. Un pur spectacle de festival.

Alain Duault
(Aix-en-provence, 11 juillet 2018)

Crédit photographique : Bertrand Langlois

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