Benvenuto Cellini à l'Opéra de Paris : Monthy Cellini

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Qui était vraiment salué avec enthousiasme le soir de la première de Benvenuto Cellini à l’Opéra Bastille ? Terry Gilliam, l’ancien pilier des Monthy Python, cette troupe d’humoristes déjantés qui ont introduit l’absurde dans leurs spectacles comme un moteur obligé ? Le réalisateur dingue et flamboyant de films comme Brazil devenus « cultes » par leur folle virtuosité et la dimension visionnaire d’un univers hors limites ? Ou le metteur en scène de ce Benvenuto Cellini de Berlioz avec lequel Stéphane Lissner poursuit son hommage patrimonial à Berlioz, ce qui est somme toute à l’honneur de notre Opéra national ? Sans doute les images de ce dynamiteur des années 70 faisaient-elles beaucoup pour le plaisir d’un public qui, assurément, semblait bien s’amuser, un peu dans l’esprit de celui qui s’est revendiqué un temps comme le Terry Gilliam français, feu Jérôme Savary. 

Benvenuto Cellini - Opéra Bastille 2018 © Agathe Poupeney

D’ailleurs l’entrée en matière de cette soirée (canons à confettis, acrobates sur échasses, masques grotesques tombant des cintres, rigolade très premier degré) faisait irrésistiblement penser à la célèbre troupe du Grand Magic Circus et ses « animaux tristes »…
Pourquoi pas ? Il y a en effet une dimension carnavalesque revendiquée dans l’œuvre de Berlioz et sa situation le jour du Mardi gras n’est pas un hasard. Encore faudrait-il que ce grand bazar permette de suivre une action, offre des perspectives de sens, et pas seulement un permanent barouf, et surtout porte un peu d’émotion, la grande absente de ce spectacle. Le public sera content, c’est sûr – et ce n’est pas rien : la vocation populaire de l’Opéra y trouve aussi sa légitime place – mais ce public aura-t-il vu et entendu Benvenuto Cellini de Berlioz, pas monté ici depuis vingt-cinq ans ? C’est moins sûr ! Car, si le décor est proliférant, si les machines fonctionnent bien, si la profusion de couleurs et de costumes font que les yeux s’en « fourrent jusque-là », comme le baron d’Offenbach, il n’y a pas la moindre direction d’acteurs dans ce grand barnum et ce pauvre Cellini a plus l’air d’un pantin que d’un artiste, plus d’un hystérique que d’un amoureux. Où est le lyrisme ? Où est la sincérité ? Où est l’idéal ?

Benvenuto Cellini, Opéra de Paris Bastille 2018 © Agathe Poupeney

On pourrait se dire que la musique va compenser par sa ferveur cette ébullition carnavalesque – mais force est de constater que, là non plus, tout n’est pas au mieux. Si Philippe Jordan, avec un sang froid parfait, réussit à maintenir une cohérence sonore au milieu de ces rythmes qui s’accumulent, se superposent et se modifient sans cesse, grâce il faut le souligner à l’éblouissante virtuosité de cet orchestre de l’Opéra de Paris, sans aucun doute aujourd’hui le meilleur orchestre français, toute la distribution n’est pas à l’aune de cette élégance. Certes John Osborn, dans le rôle-titre, ravit l’oreille par un style et une diction presque parfaite (encore que, dès qu’on fait l’expérience d’écouter sans lire les surtitres, on perde vite le fil…), et la jeune mezzo canadienne Michèle Losier offre le seul moment de pure beauté vocale avec son air « Mais qu’ai-je donc ? » – mais à côté ? La déception vient d’abord de Pretty Yende, cette artiste si attachante habituellement et, ici, assez hors de propos, ne parvenant ni à se faire comprendre ni, surtout, à trouver la juste intonation – ce qui fait de son chant une houle un peu étrange dans toute la première partie. Certes, sa présence et son abattage scénique compensent un peu ce que le chant a de peu concerné mais jamais elle ne trouve vraiment la bonne vitesse. Et que dire du Balducci de Maurizio Muraro, voix blanchie et engorgée, du Fieramosca indifférent de Audun Iversen et même du Pape Clément de Marco Spotti qui, pour réellement drôle qu’il soit, ne colle guère avec le personnage dessiné par Berlioz, outre le fait qu’il demeure totalement incompréhensible. Reste le chœur, superlatif comme toujours à l’Opéra de Paris mais à saluer là plus encore tant leur partie est virtuose et complexe : bravo à José Luis Basso. Décidément, les masses sont à leur mieux dans notre Opéra national : c’est signe que la maison est bien tenue.

Au bout du compte, on n’a pas passé une mauvaise soirée, on est allé à carnaval et on s’en est mis plein les mirettes – mais est-ce la seule fonction de cet opéra dont on croyait avoir compris qu’il était aussi une réflexion lyrique sur l’art et la passion…

Alain Duault
(Paris, le 21 mars 2018)

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