L’Orchestre Démos arrive à Lyon

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Mercredi, l’Auditorium de Lyon présentait l’implantation du projet Démos dans son enceinte. Un projet initié par la Philharmonie de Paris avec qui la maison lyonnaise est en étroite collaboration depuis plusieurs années et qui se développe avec l'ambition de transmettre mais aussi et surtout de démontrer que le monde lyrique, et plus précisément classique ici, n’est en rien un univers élitiste fermé, mais au contraire un langage universel accessible à tous.

Crée en 2010 par la Philharmonie (alors Citée de la Musique), Démos est un projet collectif répondant aux polémiques de l’époque, à savoir « pourquoi soutenir la musique classique ? » et « pourquoi tant s’éloigner du centre de Paris ? ». L'idée de la formation d’un orchestre d’enfants permettait de démontrer que la musique classique doit être soutenue pour les jeunes générations, et ne pas se cantonner à des espaces géographiques restreints. La musique classique peut êtres partagée par tous, ce sont les usages que l’on en fait qui créent un clivage. Le but de Démos est de donner accès à la musique à des enfants issus principalement de quartiers et d’environnements qui ne sont pas les plus porteurs. Pour cela, un orchestre est formé, divisé en plusieurs sections, travaillant chacune de son côté et retrouvant les autres pour des répétitions plus générales. Chaque enfant qui a la chance de participer à ce projet s’engage pour trois années durant lesquelles il apprendra la pratique d’un instrument au sein de l’orchestre et se produira sur scène.

Ainsi, quatre orchestres d’enfants sont créés dès 2010, comptant chacun sept ou huit groupes de 15 enfants âgés entre sept et huit ans. L’encadrement est porté par des musiciens professionnels dans le but d’une transmission collective, d’abord sans solfège avec pour débuter des exercices vocaux et rythmiques utilisant le corps comme instrument (le solfège arrivera dans l’apprentissage en deuxième année). Depuis la création de ce projet, environ la moitié des enfants issus de ces orchestres Démos ont poursuivi leur apprentissage de la musique en écoles ou conservatoires une fois les trois ans terminés, montrant la réussite et l’attrait engendré par cet art. A l’heure actuel, le projet s’est multiplié pour atteindre un total de 30 orchestres répartis sur l’ensemble du territoire français (y compris en DOM-TOM) : 12 en Île-de-France et 18 dans les autres régions.


Projet Démos ; © Bertrand Gaudillère

Projet Démos ; © Bertrand Gaudillère

A Lyon aussi, ce ne sont donc pas moins de 120 enfants qui ont la chance de faire partie de cette aventure, répartis en huit groupes de 15 sur l’ensemble du territoire de la métropole : Givors, Vaulx-en-Velin (qui contient deux groupes), Bron et Lyon (divisé en trois groupes selon les arrondissements). La directrice générale de l’Auditorium de Lyon, Aline Sam-Giao, ne cache pas son bonheur et sa fierté de contribuer à un tel projet collectif qui, après six mois de dialogues plus poussés, a finalement bel et bien débuté en octobre dernier avec les premiers cours. Là aussi, les critères de sélection n’ont pas changé : l’âge, le fait de n’avoir jamais eu de cours de musique auparavant, appartenir à une zone ciblée par la politique de la ville et une certaine mixité entre filles et garçons. Les enfants sont actuellement encadrés par huit musiciens de l’Orchestre national de Lyon ainsi que dix intervenants issus du monde musical.

Il faut ajouter qu’un tel projet ne pourrait être porté sans fonds, puisque ce ne sont pas moins de 280.000 euros qui sont déboursés chaque année, répartis entre le Ministère de la Culture (via la Philharmonie de Paris), le mécénat (issu de la Philharmonie et à titre local) et les collectivités locales (la CAF et la Métropole de Lyon). Grâce à ces sommes versées, les enfants ont pu se voir remettre leurs instruments de musique dans leurs différents centres d’accueil, et plus symboliquement à l’Auditorium ce mercredi 13 décembre au cours d’une cérémonie qui leur a également permis de montrer au public présent leur hymne commun ainsi que les jingles propres à chaque groupe. Il s’agissait là d’une « petite fenêtre ouverte sur leur travail » comme l’a expliqué Maxime Tortelier, le chef de l’orchestre durant ces trois années. A chaque groupe son ensemble d’instruments : basson et clarinette pour Bron, cuivres pour l’un des groupes de Vaulx-enVelin, cordes pour le second, cordes incluant la contrebasse pour Lyon 9ème, etc.

Cette première année sera axée autour d’une danse baroque tirée de Haendel ainsi que d’un chant de mineurs rhodesiens dont un extrait fut chanté durant la cérémonie. Un concert est ainsi déjà prévu le 23 juin prochain, concert durant lequel Démos partagera la scène de l’Auditorium avec l’Orchestre national de Lyon, avant de se produire dans un concert à la Philharmonie prévu d’ici la fin des trois années du projet et d’étudier une pièce de tradition extra-européenne ainsi qu’une création commandée pour l’occasion à un jeune compositeur au cours de leur seconde année.

Elodie Martinez

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