La saison 2016-2017 du Met : économie de moyens, mais pour toujours autant de voix

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Si le Metropolitan Opera reste évidemment une maison prestigieuse et une scène lyrique incontournable, on sait que l’établissement new-yorkais doit concilier depuis quelques années avec un budget très contraint – marqué par un déficit de 22 millions de dollars en 2014 et tout juste positif à hauteur d’un million de dollars pour l’exercice 2015 grâce à la vente de plusieurs pièces de son patrimoine et surtout à des mesures drastiques de réduction de coûts, qui poursuivent encore aujourd’hui. Pour la première fois depuis sa saison 2009-2010, le budget opérationnel du Met passe sous le seuil des 300 millions de dollars (l’établissement fonctionnera la saison prochaine avec 296 millions de dollars), permettant néanmoins à Peter Gelb d’annoncer une saison 2016-2017 de 26 opéras différents, dont six nouvelles productions (comme la saison précédente) et toujours portées par des castings impressionnants (malgré quelques absents – Jonas Kaufmann n’y est pas annoncé, après avoir annulé sa participation dans Manon Lescaut au début du mois).
Outre les coupes budgétaires, le Met doit également faire face aux soucis de santé de James Levine, son directeur musical et chef historique, opéré plusieurs fois ces dernières années et souffrant de la maladie de Parkinson. Si Peter Gelb se refuse pour l’heure à évoquer un éventuel successeur (le directeur dit « attendre les réactions » du chef « à un nouveau traitement médical »), de plus en plus de chefs invités sont annoncés la saison prochaine au Met, notamment pour diriger les nouvelles productions de la saison à venir.

Ainsi, dès septembre, c’est Simon Rattle (qui se fait rare au Met) qui ouvrira la nouvelle saison de l’établissement new-yorkais au pupitre d’une nouvelle production de Tristan und Isolde, signée Mariusz Treliński qui transpose le livret à bord d’un cargo moderne, dirigeant la wagnérienne Nina Stemme et Stuart Skelton dans les rôles titres, aux côtés d’Ekaterina Gubanova et René Pape.
En octobre, Fabio Luisi lui succède pour diriger Guillaume Tell (qui n’avait plus été donné au Met depuis 80 ans), dans une nouvelle production de Pierre Audi qui fait là ses débuts au Met, avec Gerald Finley (très habitué du rôle), Marina Rebeka, et Bryan Hymel.
En décembre, le Met donnera pour la première fois sur sa scène L’Amour de Loin, le premier opéra de la compositrice Kaija Saariaho (et seulement le second opéra composé par une femme donné au Met) sur un livret d'Amin Maalouf, créé au Festival de Salzbourg en 2000 et donné ici dans une nouvelle production de Robert Lepage. La cheffe finlandaise Susanna Mälkki (qu’on sait férue d’œuvres contemporaines et qui dirigera la création de Trompe-la-Mort à Paris l’année prochaine) en assurera la direction pour la première fois dans la fosse du Met, aux côtés sur scène, d’Eric Owens dans le rôle du chevalier en quête du véritable amour et de Susanna Phillips pour incarner son « amante de l’autre côté d’un océan » représenté par un tapi mouvant de lumières LED (s’étendant sur scène et jusque sur l’orchestre « pour mieux figurer sa texture musicale »), pouvant s’animer pour être tantôt calme, tantôt tempétueux.
Pour sa traditionnelle soirée du Nouvel An, le Met proposera cette année Roméo et Juliette, de Gounod, dans une nouvelle production de Bartlett Sher dirigée par Gianandrea Noseda, qui réunira Diana Damrau et Vittorio Grigolo dans les rôles des deux amants (après avoir déjà partagé la scène dans Manon l’année dernière).
Kristine Opolais retrouvera par ailleurs le rôle-titre de Rusalka ayant lancé sa carrière aux côtés de Brandon Jovanovich dans le rôle du Prince, dans une nouvelle production signée Mary Zimmerman et dirigée par Mark Elder.
C’est finalement dans le Chevalier à la Rose que l’on devrait retrouver James Levine en avril 2017, pour diriger une nouvelle production de Robert Carsen qui situe l’œuvre à la fin de l’Empire des Habsbourg, mettant surtout en scène Renée Fleming dans le rôle de la Maréchale et Elīna Garanča dans celui de son amant Octavian.

Les quelque vingt reprises de la saison ne sont pas en reste : Anna Netrebko dans Manon Lescaut avec Marcelo Álvarez, puis dans le rôle de Tatiana dans Eugene Onegin avec Dmitri Hvorostovsky ; Sonya Yoncheva dans La Traviata (avec Thomas Hampson) et La Bohème ; Peter Mattei reprenant Il Barbiere di Siviglia avec Pretty Yende dirigé par Maurizio Benini ; Diana Damrau et Javier Camarena dans I Puritani ; Catherine Naglestad dans Salome ; ou encore Yannick Nézet-Séguin (dont on murmure qu’il pourrait succéder à James Levine) dirigeant la reprise de Der Fliegende Holländer avec Michael Volle.
Les interprètes français seront également bien présents sur la scène du Met : Roberto Alagna s’installe manifestement en résidence au Met et endossera le rôle du charismatique Cyrano de Bergerac (de Franco Alfano) avec Patricia Racette ; alors que Sophie Koch interprétera sa première Carmen (en alternance avec la prometteuse Clémentine Margaine) aux côtés de Marcelo Álvarez et Maria Agresta.

Au cours de la saison, le Metropolitan fêtera également le cinquantième anniversaire de son installation au Lincoln Center dans le cadre d’un concert de gala le 7 mai 2017, réunissant tous les principaux interprètes de la scène lyrique ayant marqué l’histoire contemporaine de l’établissement : Piotr Beczala, Ben Bliss, Javier Camarena, Diana Damrau, Joyce DiDonato, Plácido Domingo, Michael Fabiano, Renée Fleming, Juan Diego Flórez, Ferruccio Furlanetto, Elina Garanca, Susan Graham, Mariusz Kwiecien, Isabel Leonard, James Levine, Zeljko Lucic, Amanda Majeski, Angela Meade, James Morris, Anna Netrebko, Kristine Opolais, Eric Owens, René Pape, Matthew Polenzani, Rolando Villazón, Michael Volle, Pretty Yende, et enfin Sonya Yoncheva.

Les retransmissions en ligne et au cinéma des productions du Met sont par ailleurs aujourd’hui partie intégrante de l’économie de l’établissement new-yorkais (qui aurait écoulé 18 millions de tickets de cinéma fin 2015), et la saison 2016-17 du Met: Live in HD débutera le 8 octobre prochain avec Tristan und Isolde, suivi par Don Giovanni (22 octobre), la nouvelle production de L’Amour de Loin (10 décembre), puis Nabucco (7 janvier), Roméo et Juliette (21 janvier), Rusalka (25 février), La Traviata (11 mars), Idomeneo (25 mars), Eugene Onegin (22 avril), puis enfin la nouvelle production du Chevalier à la Rose (le 13 mai).
Une saison qui promet donc un savant mélange de nouveautés et de reprises mais aussi de curiosités devant à la fois fidéliser le public de la maison new-yorkaise ou en en renouvelant l’auditoire, tant local qu’international au travers des retransmissions.

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