Finale 2026 de la Sumi Jo International Competition : l'art de faire d'une seconde chance une première place

Xl_photo-2026-07-12-17-08-58__1___1_ © Alterego

Qui sont les vainqueurs de l’édition 2026 de la Sumi Jo International Competition, organisée par la soprano coréenne Sumi Jo ? Chronique d’une finale ayant couronné le baryton américain Trevor Haumschilt-Rocha, aux côtés de plusieurs autres jeunes talents dont on retiendra les noms. 

Après l'excellent niveau de la petite finale, il nous tardait d'assister à la grande le lendemain. Difficile de ne pas en ressortir impressionné face à tant de talents.

Toujours située dans le superbe cadre du château de la Ferté-Imbault, la Sumi Jo International Competition a déjà bien évolué entre la première et cette deuxième édition. La salle dans laquelle se déroulent les masters classes et les concerts a été réaménagée. La petite scène située en milieu il y a deux ans a disparu, remplacée par une plus grande en fond de salle, habillée de plusieurs toiles représentant des colonnes, des arbres ou encore le château. Les magnifiques lustres parfont ce décor chic et accueillant.

Les onze finalistes ont ainsi pu briller dans ce formidable decorum, chacun présentant deux airs pour convaincre. La mezzo-soprano russe Iana Diakova opte pour « Where shall I fly ? » (Hercules, Handel) et « Nacqui all’affanno » (Cenerentola, Rossini). Nous découvrons alors un vibrato sublime, une ligne précise, ou encore des graves doux comme un chocolat chaud en plein hiver Tout sonne naturellement, la voix descend dans les notes sans cassures. Surtout, tout sonne juste, y compris une projection importante laissant entendre que l'artiste en a encore sous le pied. D'ailleurs, si le second air débute sagement, il finit de façon bien plus virtuose. Elle parvient à mêler ses trilles à son vibrato pour un effet à la fois lisse et net.

Unique français finaliste, Paul Germanaz surprend avec son timbre de ténor léger, à la française, loin de l'expansivité solaire d'un ténor plus « à l'italienne ». Sa diction est vive, le chant est dynamique. Le résultat s'apparente au soleil dans les vignes, à la fois sec et chaud, sans être étouffant. Dans « I know that you all hate me » (The saint of Bleecker street, Menotti), il habite pleinement le texte.

Le niveau est tel que le talent ne manque pas en cette soirée de finale. Ces deux noms que nous ne manquerons pas de suivre ne font malheureusement pas partie des cinq lauréats. Ces derniers ont la chance de repartir non seulement avec leurs prix, mais aussi avec la chance d'une tournée auprès de Sumi Jo.

C'est notamment le cas pour les prix Hyundai décernés à Evelina Liubonko et Fei Sun, issues des « repêchages » de la veille. La première, choix du public, fait le pari risqué de l'Air du Feu (L’enfant et les sortilèges, Ravel). Malheureusement, même si elle s'en sort assez bien avec une ligne solide, la prononciation du français (très compliquée mais particulièrement essentielle ici) ne permet pas de comprendre le texte. Son second air, « O zittre nicht, mein lieber Sohn » (Die Zauberflöte, Mozart) convainc bien davantage. Ses vocalises sont propres, nettes, précises, presque chirurgicales. La soprano ne se contente pas de chanter mais raconte véritablement quelque chose.

Fei Sun, sauvée par Sumi Jo – et qui nous avait aussi beaucoup plu – offre une très belle démonstration. On est de nouveau frappé par la puissance naturelle de son chant. La voix se déploie avec une force et une autorité naturelle. Si les airs choisis ne lui permettent pas de déployer les beaux graves entendus la veille, la cantatrice me en avant ce soir une impressionnante capacité de projection savamment maîtrisée.

Sumi Jo International Competition
© Alterego

Le troisième prix est remis à la soprano roumaine Paula Iancic, ayant fait sensation dans le public avec ses deux airs, « Song to the moon » (Rusalka, Dvořák) et « Tu puniscimi o Signore !/ A brani, a brani, o perfido » (Luisa Miller, Verdi), laissent entendre pour elle aussi une belle projection, comme si sa voix remplissait l’entièreté de son corps et qu’elle devait se contraindre pour la guider et pour qu’elle ne déborde pas. Les graves sont dans la continuité de la voix, sans rupture, avec une belle liaison entre les registres.

Le deuxième prix, la basse coréenne Seungho Yoo, nous a particulièrement enthousiasmé. Non seulement la voix est naturellement belle, mais elle nous embarque dans le voyage qu’elle dessine par les notes. Après « Ves’tabar spit » (Aleko, Rachmaninoff), il enchaine avec « Elle ne m’aime pas » (Don Carlos, Verdi). Si la prononciation lors de l’annonce ne présageait pas le meilleur, son chant balaie rapidement notre appréhension. Dès les premiers mots, nous sommes convaincu. Le jeune chanteur déploie une profondeur abyssale qui s’étend jusqu’aux tréfonds de l’âme pour un résultat superbe. Comme si cela ne suffisait pas, il parvient à afficher une retenue tonitruante dans son chant. Là aussi, la salle mise sur son nom pour le podium, voire le premier prix.

Ce dernier est finalement décerné au baryton américain Trevor Haumschilt-Rocha, lui aussi repêché la veille, mais par le président du jury. Il présente ce soir « Hai gia vinta la causa !) (Le nozze di Figaro, Mozart) et « Son io moi Carlo... per me giunto/O Carlo ascolta... Io Morro » (Don Carlo, Verdi) et convainc la salle. La voix charnue se déploie, l’exécution ne souffre d’aucun défaut particulièrement notable, le jeu est juste.

Avec cette deuxième édition, la Sumi Jo International Competition confirme son excellence et offre un panel de talents impressionnant. Elle confirme également l’importance de l’aide du concours pour les jeunes artistes. Comme il y a deux ans, nous repartons avec de nombreux noms à retenir, la vive curiosité de suivre ces carrières, et l’envie de les réentendre sur des scènes lyriques où, à n’en pas douter, ils sauront briller. Il nous tarde déjà de voir ce que la prochaine édition nous réservera dans deux ans.

Enfin, cette année 2026 marque non seulement la célébration de 40 années de carrière internationale de Sumi Jo, mais aussi 140 ans d'amitié franco-coréenne, avec la présence de l’ambassadeur. Plus qu’un concours, cet événement devient ici « le symbole vivant d'un dialogue artistique entre l'Orient et l'Occident ». Ainsi que l’explique le président du jury, Olivier Ojzerowicz-Medinger, l’art lyrique, tout comme un château, vit non parce qu’il appartient à un passé glorieux, mais parce que chaque génération décide de lui donner un avenir. Et en ce soir de finale à la Ferté-Imbault, on se plait aisément à croire en des lendemains chantants, laissant avec plaisir les incertitudes quotidiennes derrière les murs de ce castel unique au monde.

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