© Laura Fantoni
Malgré les deux années écoulées, nous conservions de très bons souvenirs de la première édition de la Sumi Jo International Singing Competition. Tout d’abord, pour la bienveillance, l’accessibilité, ou encore la gentillesse ressenties envers les candidats – notamment lors des masters classes de Sumi Jo ouvertes au public – mais aussi du fait d'un niveau d’excellence rarement égalé. À nouveau, ces points ressortent aujourd’hui dans ce cadre toujours enchanteur et accueillant du Château de la Ferté-Imbault.
Un concours mais aussi un enseignement
Lors des masters classes de l’après-midi, la soprano coréenne offre son expertise et son expérience à cinq jeunes talents, l’un après l’autre. Tout y passe selon les besoins de chacun : technique de chant, positionnement de la voix, diction ou phrasé, expressivité... La cantatrice prend en compte à la fois la réalité des difficultés entendues mais aussi les désirs des candidats. Ses conseils s’avèrent précieux pour des résultats qui se font entendre en quelques dizaines de minutes. Si tous sont talentueux, nous relevons toutefois un nom en particulier : le baryton venu d’Allemagne, Robin Park. Une technique superbe, « a perfect student » selon Sumi Jo. Il doit seulement parvenir à faire davantage sortir son interprétation personnelle. « Nous sommes des artistes. Nous devons tout donner, tout le temps » lui explique la soprano.
Des choix parfois audacieux et risqués
Parmi les seize candidats de cette « petite finale », sept ont fait le choix de la langue de Molière, dont deux participantes françaises. Un véritable risque, d’autant plus lorsque l’on sait les difficultés du français, notamment en matière de chant lyrique. On peut imaginer que cette décision fut prise en signe de sympathie pour le pays d’accueil du concours, ou bien pour le public local, mais il demeure un danger d’autant plus grand face à des oreilles françaises. Malgré cela, le baryton serbe Viktor Aksentijevic s’en sort assez bien avec sa « Vision fugitive » (Hérodiade, Massenet), dans une voix possédant de beaux mediums et des aigus crépusculaires, tandis que le Camerounais Vanel Djoko Fodjo offre un très beau « Au mont Ida » (La Belle Hélène, Offenbach). Le ténor sait ici envoyer une belle projection mais aussi la modérer dans une voix caramélisée qui donne envie d’être écoutée.
Même si elle est Française, Clara Orif mérite que l’on souligne sa très bonne diction. La jeune soprano n’hésite pas à descendre dans le public pour sa « Gavotte » (Manon, Massenet), offrant un jeu assez naturel en plus d’aigus bien projetés, avec précision, dans une ligne de chant maîtrisée. L’air était un choix judicieux, car le personnage et l’œuvre semblent bien correspondre à cette jeune artiste. Sa consœur, Inés Lorans Millán, offre elle aussi un jeu juste, ainsi que de belles vocalises dans une projection nette.
D’autres noms que l’on retient
La dure loi des concours ne permet pas de récompenser l’ensemble des talents présents. Pourtant, certains parmi eux nous ont particulièrement marqué. Ce fut le cas de la soprano chinoise Xiaowei Fang, qui opère un véritable changement entre sa présentation et son air : sa voix parlée légère devient plus profonde et dramatique, laiteuse ; sa posture discrète devient expressive, décidée. Elle offre ainsi un beau « Hence, Iris, hence away ! » (Semele, Händel), clôt par une note finale puissante qui laisse entendre l’étendue de sa projection.
Enfin, la mezzo-soprano néerlandais Jessica Stakenburg propose un impressionnant « Weiche, Wotan, weiche ! » (Das Rheingold, Wagner). Avant même qu’elle n’ouvre la bouche, elle parvient à créer une véritable tension dans l’air. Profondément ancrée dans le sol, sa divinité lourde de tout son savoir électrise la salle. La profondeur dont l’artiste fait montre va au-delà des notes. Elle ne s’époumone pas : nul besoin pour que sa voix résonne, ronde, ample, dorée. Superbe.
Trois noms sauvés
De même qu'il y a deux ans, le jury a sélectionné huit finalistes au cours des auditions de lundi et mardi derniers parmi les vingt-quatre demi-finalistes (issus des presque six cents candidatures reçues). Toutefois, les artistes n'ayant pas été retenus ont la possibilité de se produire lors d'un concert, une « petite finale », au terme de laquelle le public présent choisit celui ou celle qu'il souhaite voir rejoindre les finalistes déjà en lice. Or, comme lors de la précédente édition, le niveau est tel que le jury ne peut se satisfaire de ne voir qu’un seul nom sauvé.
Le public, maître du premier choix, décide de sauver la dernière candidate entendue : l’Ukrainienne Evelina Liubonko, qui offre un très beau « Glitter and be gay » (Candide, Bernstein) empreint du grain de folie nécessaire pour faire vivre cet air. La jeune chanteuse investit pleinement le texte, descend dans l’allée, apostrophe le public. La ligne de chant est précise dans ses intentions, la voix est charnue, habitée, atteint la note finale dans une projection qui ne doit pas être sans lien avec sa victoire.
Nous sommes également heureux d’entendre que le président du jury, Olivier Ojzerowicz-Medinger, décide pour sa part de repêcher le baryton américain Trevor Haumschilt-Rocha après son très beau « Mein Sehnene, mein Wähnen » (Die tote Stadt, Korngold). Sa belle projection moirée, entre ombre et lumière, mêlée à un chant allemand aux consonnes très agréables a su nous emporter.
Enfin, Sumi Jo a pour sa part souhaité voir en finale la mezzo-soprano chinoise Fei Sun, dont la voix charnue et la belle projection ont su briller dans « Se Romeo t’uccise un figlio » (I Capuleti e I Montecchi, Bellini)
Après une telle soirée, la Sumi Jo International Singing Competition confirme être un véritable vivier de jeunes talents d’excellence. Nous retiendrons donc certains noms entendus lors de cette petite finale, et avons hâte de découvrir l’ensemble des finalistes ce soir.
publié le 10 juillet 2026 à 10h18 par EM
10 juillet 2026 | Imprimer
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