Elsa Dreisig, révélation lyrique des Victoires de la musique classique

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Hier soir se déroulait la cérémonie des Victoires de la musique classique, distinguant chaque année quelques-uns des interprètes confirmés ou en devenir de la scène musicale et lyrique française -- et offrant accessoirement une soirée de musique en prime time à la télévision (suivi cette année par quelque 1,57 millions de téléspectateurs sur France 3, selon Médiamétrie). 
Dans le cadre de cette vingt-troisième édition des Victoires, Karine Deshayes (qui interprétait lors de la soirée, un extrait de la Reine de Saba, de Gounod, l’air « Plus grand dans son obscurité », accompagné par l’Orchestre National du Capitole) était couronnée interprète lyrique de l’année – devançant ainsi le baryton Stéphane Degout et la mezzo-soprano Marianne Crebassa qu’on peut entendre actuellement à l’Opéra de Chicago dans Roméo et Juliette. 

Mais la soirée était peut-être surtout marquée par la « Révélation lyrique de l’année » décernée (pour partie par le public) à la jeune soprano franco-danoise Elsa Dreisig, âgée de 24 ans (et accessoirement bien née puisque fille de la soprano danoise Inge Dreisig et du compositeur et baryton Gilles Ramade). Si la jeune artiste a su d'abord se distinguer par sa voix, elle s’est aussi illustrée au travers d’un discours pour le moins original au moment de la remise du prix, prenant le parti de ne remercier personne ou presque – comme le veut pourtant traditionnellement la coutume de ce type de cérémonies :

« Je sais qu'il est d'usage, lorsqu'on se trouve à cette place d'élue, de remercier tout le monde, beaucoup de monde. Non pas que je ne sois pas reconnaissante des gens qui m'aident et m'entourent, loin de là, et les personnes dans ma vie le savent.  Je ne souhaite pas formuler de remerciements particuliers ce soir, parce que tout simplement, cela me rendrait obéissante. »

Et d’enchainer sur sa vision de la valeur du prix qui lui est attribué, élargissant au passage sa réflexion sur – on l'imagine – sa vision du monde lyrique actuel, refusant manifestement les carcans ou les idées formatées (et c'est à ce titre qu'elle chante autant sur les scènes d'opéra que dans des comédies musicales) :

« Cette Victoire n'est en aucun cas un aboutissement ou une fin en soi, au contraire, elle est un tremplin pour mon travail, une aide pour continuer à chercher, et à chanter sur scène. Et pour ça, je vous remercie infiniment. Mais, je tenais aussi à dire ce soir que jamais je ne me soumettrai ni aux avis extérieurs ni aux certitudes toutes faites dictées par une loi venue de je ne sais où et qui ne peuvent, à mon sens, que ruiner la création. »

Déjà lauréate en 2015 du Prix du public du concours international allemand Neue Stimmen, du Second Prix au Concours Reine Sonja à Oslo et du Prix 2016 du jeune soliste des radios francophones publiques, Elsa Dreisig s'impose déjà comme l’un des jeunes talents prometteurs à suivre du monde lyrique français, et s’est déjà faite remarquée lors de la saison 2014/15 au Théâtre du Châtelet dans la production des Parapluies de Cherbourg aux côtés de Natalie Dessay et Laurent Naouri. 
Et si son talent la porte déjà dès cette saison dans la troupe de l’Opéra Studio de la Staatsoper Berlin (dirigée par Daniel Barenboim), en attendant de l'entendre l’année prochaine dans la Flûte Enchantée sur la scène de l'Opéra de Paris, dans le rôle de Pamina en alternance avec Nadine Sierra, elle fait manifestement aussi preuve d'un tempérament bien trempé – de quoi nourrir ses interprétations, à défaut de l’aider à trouver sa place dans un milieu qu’on dit parfois très formaté ? 

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