Décès de Pierre Bergé : une grande figure éclectique s'est éteinte

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C'est avec grande tristesse que nous apprenons le décès de Pierre Bergé, ce vendredi 8 septembre « à 5H39, à son domicile, à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône) », selon le communiqué de sa fondation. Il s'est éteint à l'âge de 86 ans « des suites d'une longue maladie » contre laquelle il se battait depuis des années. Il était en effet atteint d'une myopathie, une maladie qui se traduit généralement par une dégénérescence et une nécrose du tissu musculaire. L'homme d'affaire devait d'ailleurs se déplacer en fauteuil roulant, ce qui ne l'empêchait pas d'honorer ses rendez-vous tant personnels que professionnels.

De son nom complet Pierre Vital Georges Bergé, il naît le 14 novembre 1930 à Saint-Pierre-d'Oléron d'une mère institutrice et soprano amatrice (qui lui donnera le goût de la musique) et d'un père fonctionnaire des contributions. Installé à la Rochelle et déjà intéressé par la culture, l'école ne lui correspond toutefois pas et il abandonne ses études avant de passer le baccalauréat. À 18 ans, il quitte la province pour se rendre à Paris avec le projet de devenir écrivain ou journalitse. Anecdote qui ne s'invente pas : Jacques Prévert tombe littéralement à ses pieds sur les Champs-Elysées depuis la fenêtre d'un immeuble, le jour-même de son arrivée, le 18 octobre 1948, suite à une « défenestration accidentelle", dira-t-on, que Pierre Bergé considérera comme un signe. La sphère littéraire le passionne et continuera de le passionner jusqu'à son dernier soupir. En 1950, il rencontre le peintre Bernard Buffet dont il devient le compagnon et gère la carrière pendant huit ans avant de rencontrer Yves Saint-Laurent. De là la longue relation connue de tous et ses premiers pas dans l'univers de la haute-couture.

Toutefois, si l'on réduit souvent Pierre Bergé à sa relation et à sa gestion de la carrière et du patrimoine du couturier français, il reste avant tout un grand homme d'affaires et un mécène reconnu. Les amateurs d'opéra se souviennent ainsi de lui pour avoir racheté en 1977 le Théâtre de l'Athéné qu'il a ensuite dirigé jusqu'en 1982 avant de le céder à l'Etat. Il y programme avec Danièle Cattand les Lundis musicaux de l’Athénée où se succèdent les plus grandes voix du monde jusqu’en 1989. En 1988, il est nommé président de l’Opéra national de Paris et conservera ce poste jusqu'en 1994 avant d'en devenir président d'honneur. Ne réussissant pas à s'entendre avec le chef d'orchestre Daniel Barenboim, il organise l'année suivante une conférence de presse fracassante durant laquelle il tranche dans le vif avec les propos suivants : « Je déclare vacant le poste de directeur musical de l'Opéra Bastille ». Myung Whun Chung avait finalement été nommé à ce poste jusqu'en 1994, peu de temps après le départ de Pierre Bergé. Même après sa direction, ce dernier continuait de porter un regard parfois virulent sur l'actualité de la maison parisienne, comme lors de son accusation de plagiat envers Benjamin Millepied lorsque celui-ci avait annoncé son départ de l'établissement parisien : « Millepied part. La greffe ne pouvait pas prendre entre un chorégraphe qui copiait Robbins et un corps de ballet auquel on ne la fait pas » (publication Twitter).

Devenu Grand Mécène des Arts et de la Culture en 2001, il était également grand officier de la Légion d'honneur, officier dans l'ordre national du Mérite mais aussi commandeur dans l'ordre des Arts et des Lettres. Fortement impliqué dans le combat des homosexuels (dont il est une figure marquante) et la lutte contre le sida, il a participé notamment à la création de Sidaction. Son talent pour les affaires, sa curiosité, son franc-parler et sa carrière extrêmement riche l'auront ainsi amené dans bien des sphères, culturelles, artistiques ou encore politiques. Des sphères marquées également par la générosité de cet homme qui estimait qu'il « vaut mieux être volé qu'être voleur ».

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