Cure de désintoxication pour les "fous du belcanto"

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Pour des performances culturelles au plus haut niveau, il faut parfois des conditions exceptionnelles. Par exemple une directrice de festival qui est également une des plus célèbres et plus inspirées chanteuses de notre époque : Cecilia Bartoli, qui depuis un an, est l’intendante du court mais exceptionnel Festival de Pentecôte de Salzbourg.

Aujourd’hui c’est Norma de V. Bellini qu’elle a amené dans la « Maison de Mozart » qui prescrit à cet œuvre classique de 1831, une cure de rajeunissement radicale, carrément renversante.

Dans cette production, rien n’est pareil que de coutume. Les amateurs du belcanto italien, cette drogue de luxe romantique, se frotteront probablement les yeux et les oreilles en même temps. Déjà, Norma n’est pas comme d’habitude une soprano, mais une mezzo, l’action ne se déroule pas chez les druides gallois, mais en plein milieu de la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale et l’orchestre joue sur un ensemble d’instruments anciens. La version de l’opéra a été également revue de fond en comble et retrouve les bases d’origines telles que voulues par Bellini.   

Cette production se débarrasse de la poussière du siècle passé et nous montre cette œuvre classique sous un angle résolument nouveau. Elle appartient sans aucun doute à ce genre de mise en scène vraiment importante qui fera école. Pour preuve, il est rare qu’une production soit aussi passionnément et unanimement plébiscitée par le public.

Aussi important soit-il que de se questionner sur ce classique du belcanto, il reste dans les détails néanmoins quelques interrogations. Par exemple, le principe même de faire chanter ce rôle à une mezzo. L’air célèbre de Casta Diva sonne chez Cecilia Bartoli nuancé, plein de facettes, techniquement brillant. Mais elle ne crée pas une dimension aussi envahissante et ensorcelante que ces grandes sopranes dramatiques comme Maria Callas, Joan Sutherlande ou encore Edita Gruberova. Bartoli possède une voix de caractère, certes, mais plutôt retenue, et ce n’est donc pas cet air célèbre le point culminant de sa prestation.
En effet, dans la deuxième partie elle trouve d’avantage de nuances de tristesse et de colère. Les notes coloratures sortent encore plus ciselées et tout d’un coup, cette star pleine d’énergie offre des légatos d’une beauté incroyable ! Les couleurs sombres de son timbre vont décidément mieux à une femme mûre, délaissée par son amant romain, qu’à une soprane juvénile.

La nouvelle amante de Pollione, Adalgisa, est interprétée par Rebeca Olvera avec une voix de soprane légère, presque blanche ; un don merveilleux ! D’ailleurs, tous les rôles de cette production sont merveilleusement distribués. Ainsi le démontre également John Osborne (Pollione), un ténor d’une virtuosité à souhait, qui arrive merveilleusement aux notes les plus aigües. 

Inhabituel est le tableau sonore de l’Orchestre La Scintille, sous la direction de Giovanni Antonini. Cet ensemble d’instruments d’époque ne joue jamais trop fort pour les chanteurs, mais déplore parfois des sonorités un peu mates et sans force. Antonini dirige dès l’ouverture avec un peu trop d’entrain, de rythme et d’éclat. Plus tard, on note certains passages de cuivres un peu moins beaux, ainsi que quelques autres petites imperfections.
Mais malgré cela, le son de l’ensemble est beau et revigorant, ce qu’on ne peut pas toujours dire de la production : Moshe Leiser et Patrice Caurier transposent l’action de l’antiquité à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale, où la Résistance se rencontre régulièrement dans une école autour de l’institutrice Norma. Bartoli avait fait savoir au préalable qu’elle entendait son rôle tel qu’une « Anna Magnani galloise » et l’histoire telle qu’un Roberto Rosselini avec son film « Rome, ville ouverte ». Une réflexion intéressante mais qui ne contribue pas forcément à la compréhension de l’histoire de Norma. La direction des acteurs est plutôt inoffensive et la mise en scène a le mérite de ne pas déranger les chanteurs. 

Tout est ici musicalement et scéniquement plus intime, plus humain et plus modeste que ce qu’on connaissait jusqu'à présent, à part la fin dramatique : Norma et son amant Pollione sont ligotés ensemble dans une école qui se consume dans les flammes…aussi réalistes que dans un film d’action !

Bref, une production qui rentrera dans l’histoire, aucun doute là-dessus !

Librement traduit du Donaukurier

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